Thèse de Djnina OUHARZOUNE

Pratiques politiques de la communauté algérienne en France, des revendications nationalistes aux députés de l'émigration

Cette thèse a démarré suite au constat des mobilisations partisanes d’Algériens résidents en France, lors d’élections algériennes organisées sur le territoire français (notamment les présidentielles de 1995). Avec l’éclosion du multipartisme en Algérie (1989) et la création d’une circonscription électorale « Émigration » (1997) à l’Assemblée Populaire Algérienne [APN], de nouvelles formes de participation - qui transforment et libéralisent les pratiques antécédentes produites par le régime algérien de parti unique (Front de Libération Nationale [FLN]) et leurs consultations électorales strictement encadrées par l’Amicale des Algériens en France, courroie politique du FLN en France - voient le jour. La recherche elle-même s’appuie sur un travail de terrain et d’entretiens, mené plus particulièrement à Marseille, auprès d’Algériens(nes) : personnalités, responsables associatifs, militants, députés de l’émigration, élus des collectivités locales (municipales, départementales, régionales) et algériens(nes) lambda. Les sources primaires proviennent essentiellement des archives départementales des Bouches-du-Rhône et des archives nationales de la Bibliothèque de France.

L’opération initiale a consisté à cerner le corps électoral impliqué dans ce processus législatif et pose d’emblée la question de « qui sont ces électeurs algériens en France ? ». La première partie de la thèse explore le champ de ces électeurs, Algériens installés en France, et inscrit cette résidence dans la longue durée, depuis la colonisation française (1830). Outre que cette approche historique établit une matrice originelle de l’émigration algérienne en France - affectée de stéréotypes qui continuent d’alimenter les représentations contemporaines en France et en Algérie - elle contribue également à l’émergence des caractéristiques propres à ce groupe (affiliations identitaires, références nationales) successivement construites à travers des trajectoires migratoires différenciées qui permet in fine de constituer ce groupe en communauté historique et politique : « La communauté algérienne en France ». Le retour en arrière sort en effet les hypothèses et les analyses hors des cadres antérieurs, focalisés sur les seules dynamiques de l’intégration socio-économiques et/ou culturelles dans la société française, et ouvre à d’autres intelligibilités, notamment la bi-localisation des pratiques et l’affirmation de la double appartenance à travers le phénomène de la bi-nationalité. Enfin, la première partie interroge dans cette nouvelle configuration la notion de diaspora.

La perspective adoptée dans la seconde partie souligne l’essor des pratiques politiques des Algériens en France : territoire métropolitain qui contribue à la formalisation politique des revendications d’émancipation des « indigènes », avec la revendication d’indépendance, début du nationalisme algérien (1926). Métropole également, comme le lieu où siègent à Paris, à l’Assemblée nationale et au Sénat, une représentation parlementaire des « indigènes » avec des députés élus dans le deuxième collège, première institutionnalisation politique des Algériens en France (1946-1962). Le volet empirique de la deuxième partie dévoile et analyse les activités politiques de la communauté algérienne à Marseille à travers l’étude des parcours des militants associatifs, des militants politiques, des députés de l’émigration des trois dernières mandatures (1997-2002, 2002-2007, 2007-2012) dans leur travail de mobilisation de la communauté algérienne, notamment à l’occasion de la dernière élection présidentielle algérienne (2009). Il ressort de mon immersion sur ce terrain, l’existence d’une dynamique, portée par les membres de la communauté algérienne, qui met en évidence les réalités et les contours d’un espace sociopolitique algérien à Marseille.

La dimension transnationale de cet activisme politique local, en partie institutionnalisé par intégration au système politique algérien, entraîne l’exploration d’un nouveau champ d’investigation — dans la troisième et dernière partie — qui se situe entre la France et l’Algérie. La spécificité de l’espace transnational franco-algérien résulte des conditions particulières de son émergence : fin de la France impériale, choc de la « révolution algérienne » et pluri-interprétations de la « décolonisation » qui caractérisent le processus de diasporisation de la communauté algérienne en France. Associant contenus empiriques (notamment
l’Université d’Été de la communauté algérienne de l’étranger, Alger, 2009) et approche généraliste, cette partie examine le phénomène de double nationalité dans son rapport aux États et à leurs nationalismes respectifs (France/Algérie) et le développement des communautés politiques post-nationales. L’examen des pratiques politiques de la communauté algérienne en France, leur lecture à partir du champ politique et de leur dimension transnationale sont rendues possible à condition de renoncer aux catégories explicatives du mythe dans lequel on a commodément rangé ces pratiques : mythe du retour, des origines, de la nationalité, de l’algérianité. De la sorte, la construction d’un espace transnational dans le champ politique franco-algérien travaille à la constitution d’un capital politique, d’une légitimité et d’une autonomie politique doublement localisés dans les espaces publics respectifs et, en conséquence, doublement contestés en leur sein

  • Thèse d’anthropologie sous la direction de Maria Pia Di Bella, EHESS
  • Date de soutenance :  11 mai 2012

Jury

  • Maria Pia Di Bella, chargée de recherche au CNRS (directrice de thèse)
  • Lahouari Addi, Institut d'Etudes Politiques de Lyon, rapporteur
  • Saïd Belguidoum, maître de conférences à l’Université Aix-Marseille
  • Emmanuel Blanchard, maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
  • Fanny Colonna, directrice de recherche émérite CNRS
  • Gerard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS
  • Malika Zeghal, professor Harvard U., rapporteur



 

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