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Klára HELLEBRANDOVÁ

Klara Hellebrandová
Sociologue

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klara.hellebrandova[at]gmail.com

Les frontières ethno-raciales : idéologie, politiques publiques et expérience de métissage en Colombie

Thèse préparée sous la direction conjointe d’Eric Fassin (EHESS) et Mara Viveros Vigoya (Universidad Nacional de Colombia)
, soutenue le 2 février 2017

Le changement constitutionnel de 1991 et la loi 70 marquent un passage important entre l’idéologie de métissage et les politiques publiques assimilationnistes à un paradigme multiculturel qui reconnaît la différence culturelle et ethnique du pays et donc des minorités ethniques (concrètement des indigènes et des afrocolombiens), définies à partir de leurs droits territoriaux. Par conséquent, ni la Constitution ni la loi 70 ne prennent en compte la population noire urbaine.

L’introduction du multiculturalisme semble marquer une coupure avec l’idéologie de métissage et les politiques d’assimilation. Cependant, il faut se demander comment cette rupture se traduit, tant au niveau du discours des hommes politiques qu’au niveau des politiques publiques et de l’expérience vécue des gens. Parallèlement, en quoi le métissage continue-t-il à les influencer, après le passage au paradigme multiculturel ? Ces interrogations conduisent à réfléchir à la manière dont le métissage et le multiculturalisme créent, effacent ou redéfinissent les frontières raciales, c’est-à-dire, d’une part les frontières entre les « races », et d’autre part, les frontières entre la « race » et les autres catégories sociales, telles que le genre, la classe et l’éthnicité.

L’idéologie de métissage, qui prend une place importante dans le discours d’Etat jusqu’aux années 1990, élude les catégories raciales en tant que catégories politiques ou administratives opérationnelles, tout en reproduisant un ordre socio-racial historique qui exclut, de manières différentes, les populations noires et indigènes, tandis qu’il affirme la suprématie de la « blanchité ». Quels sont les mécanismes politiques et sociaux de la reproduction de cet ordre socio-racial ? C’est-à-dire, à travers quels discours et quelles politiques publiques les catégories raciales et leurs effets se reproduisent-ils sous cette idéologie de métissage ? Comment cet ordre socio-racial est-il contesté et redéfini par des sujets subalternes ? Comment l’expérience vécue de métissage se traduit-elle et comment change-t-elle avec la mise en place du multiculturalisme ? Autrement dit, comment les catégories raciales se construisent-elles à partir de l’Etat, de la société (le « sens commun ») et des sujets racialisés eux-mêmes ? Etant donné que la construction et l’utilisation des catégories ethno-raciales font partie du processus de racialisation, il est nécessaire de contextualiser, historiquement, et de déconstruire, afin de dénaturaliser ces catégories, pour comprendre ce processus.

Pour comprendre le croisement des différents processus de racialisation, et donc le processus complexe de la construction des catégories ethno-raciales, on propose de partir du niveau de l’expérience sociale, notamment de l’analyse de l’émergence et des discours sur l’identité noire raciale, c’est-à-dire des discours des « entrepreneurs de la race ». Pour cela, on propose d’une part d’analyser les différents discours sur cette identité (CEUNA, Fundacion Color, artistes, chercheurs noirs, etc.) et d’autre part, de faire dans la mesure du possible des généalogies. Nous travaillerons avant tout avec des « entrepreneurs de la race » de classe moyenne, ayant accès à l’université et ayant connu une certaine ascension sociale. Ceci nous permettra de croiser les différentes catégories, à savoir la « race » et la classe, en nous demandant dans quelle mesure l’ascension sociale vécue influence ou non cette émergence et l’affirmation de l’identité noire raciale. En même temps, étant donné que beaucoup de ces personnes sont des enfants d’unions interraciales, nous analysons les relations interraciales et l’expérience vécue de métissage, tant au niveau familial qu’au niveau des amitiés et surtout des relations amoureuses ; cela nous conduit à définir le processus de « blanchissement – blanqueamiento » et son rôle dans le processus de racialisation, de même que dans les stratégies de déracialisation

  • Mots-clés : Métissage, expérience vécue, discrimination raciale, stratégie de résistance et de déracialisation

Principales publications

  • Hellebrandová K. (2014). El proceso de etno-racialización y resistencia en la era multicultural: Ser negro en Bogotá. Universitas humanistic (enero-julio), 145-168.
  • Hellebrandová K. (2014). Escapando a los estereotipos (sexuales) racializados: el caso de las personas afrodescendientes de clase media en Bogotá. Revista de Estudios Sociales 49 (mayo-agosto), 87-100.
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