Publications | Dernières publications


	Gardien de camp

Gardien de camp

Tatouages et dessins du Goulag

Élisabeth Anstett, Luba Jurgenson (ed.)
Trad. Luba Jurgensson
Genève,  Editions des Syrtes,  [2013],  208 p.
Prix : 29

La connaissance de l’univers du Goulag peut désormais prendre appui sur le document unique que constitue cet album original de dessins effectués de 1949 à 1989 par l’ancien milicien et gardien de prison Dantsig Baldaev, album qu’il a lui-même offert en 1990 à l’ethnologue française Roberte Hamayon.

Ces 74 pages de dessins effectués lorsqu’il était fonctionnaire de l’administration pénitentiaire soviétique offrent pour la première fois une mise en image du fonctionnement ordinaire des camps soviétiques, dans leurs aspects les plus terribles et les plus violents. Il pose également de façon magistrale la question du témoin comme celle de la légitimité du témoignage dans un contexte particulier où la parole des bourreaux n’a jamais été entendue.

L’album de Dantsig Baldaev représente à plus d’un titre une source documentaire unique en son genre : son caractère clandestin tout autant que l’époque à laquelle ce travail de graphisme et d’écriture a été réalisé, et le manque d’images des camps. En effet il n’existe que très peu de témoignages photographiques ou graphiques permettant de restituer le fonctionnement du Goulag. Seuls sont disponibles les clichés produits et utilisés dans le cadre de campagnes de propagande, ou les travaux plastiques (gravure, peinture, dessin) réalisés le plus souvent à l’issue de leur détention par d’anciens déportés et conservés par les musées du Goulag. À chaque fois le point de vue des gardiens y fait totalement défaut.

Les dessins de Dantsig Baldaev sont remarquables tant par la violence de leur propos que par la richesse et la précision de leur graphisme. Alors même qu’il rend compte de l’horreur, l’album commenté, annoté et décoré en utilisant les méthodes du scrapbooking, représente ainsi à lui seul un artéfact exemplaire des codes graphiques (typographies, couleur, matières) de la période soviétique. La richesse et la variété des sujets abordés tout au long des 74 pages de l’album rendent difficile toute présentation résumée. Les principaux thèmes rendent compte en premier lieu de la réalité du Goulag à partir d’une mise en exergue de ses aspects les plus violents : pratiques d’humiliation, d’intimidation ou de torture, inhumanité des conditions de vie et de travail, modes de mise à mort. Les dessins mettent pour cela en scène les figures attendues des victimes mais aussi celles des bourreaux qui appartiennent au personnel administratif (forces de sécurité et personnel pénitentiaire représentés en uniforme avec leur grade) et à une catégorie spéciale de détenus faisant partie du monde de la pègre (vory v zakone) souvent représentés recouverts de ces mêmes tatouages dont Baldaev fait un inventaire préliminaire dans les pages 1 à 31 de l’album. En cela, les dessins mettent en scène l’épreuve de l’horreur et de la terreur en donnant au passage un visage aux victimes et aux bourreaux et en restituant une sociologie assez fine des enfers goulaguiens.Chacune des vignettes participe à enrichir et étoffer un terrible répertoire des pratiques et des discours de violence. Les termes rapportés dans les commentaires apposés en bas de chacune d’elles utilisent ainsi le vocabulaire administratif utilisé pour désigner les victimes (scrupuleusement cité entre guillemets) mais aussi les pratiques en vigueur au Goulag illustrant dès lors de façon ironique, sarcastique ou tragique leur décalage avec la réalité des faits décrits par les dessins.

Dantsig Baldaev

(né en Bouriatie en 1925 et décédé en 2005 à Saint-Pétersbourg) était le fils d’un érudit et folkloriste bouriate collaborateur de Roberte Hamayon, spécialiste du shamanisme sibérien. En tant que fonctionnaire du ministère de l’Intérieur et employé de l’administration pénitentiaire de 1948 à sa retraite en 1981, D. Baldaev occupa notamment les fonctions de gardien de prison dans différentes institutions carcérales dont certaines relevaient du NKVD. Dès 1949, il commença à porter un intérêt scientifique à la culture carcérale en travaillant d’une part sur le vocabulaire et le jargon des prisons, et d’autre part en effectuant des relevés de tatouages de prisonniers. Son travail linguistique fit ainsi l’objet de la publication d’un dictionnaire en 1992 (Slovar’ lagerno-tjuremno-blatnogo zargona, Moskva, Kraj Moskvy). Quant à son étude sur les tatouages, elle fit l’objet de plusieurs publications en Europe, dont les deux tomes de la Russian Criminal Tattoo Encyclopedia édités à Londres en 2006 par les éditions Fuel avec une introduction d’Anne Applebaum.

Gardien de camp

Tatouages et dessins du Goulag

EHESS
CNRS
Paris 13
INSERM

flux rss  EHESS

Cinémas d’insurrection

Colloque - Mercredi 22 février 2017 - 18:00Ce colloque est l’aboutissement d’un premier travail de recherche et de rencontre conduit avec des cinéastes et militants filmant de manière atypique les situations de conflits et post-conflits depuis plusieurs années ou décennies. L’objectif de ce colloque est donc de confronter les pratiques et les engagements d’artistes et de chercheurs enquêtant sur diverses situations de mobilisations ou de résistances armées, et sur la mémoire et l’amnésie constitutive de l’expérience historique des situations de post-conflits. Ces pratiques filmiques peuvent aussi inspirer les sciences sociales par leurs positions et leurs observations au plus proche des expériences de leurs interlocuteurs. En plaçant les travaux de ces cinéastes au centre des interventions, ce colloque entend aussi réinterroger les modes de savoir et les constructions de sens produits par l’image.Avec la participation des cinéastes Édouard Beau, Stéphane Breton, John Gianvito, Clarisse Hahn, Florent Marcie et du Collectif de vidéastes ukrainiens BABYLON’ 13.

Lire la suite

Little go girls d'Éliane De Latour

Projection-débat - Mardi 17 janvier 2017 - 18:00La projection sera suivie d'un débat en présence de la réalisatrice Éliane de Latour, cinéaste et anthropologue, directrice de recherches à l’Iris, avec Thomas Sotinel, critique cinéma au journal Le Monde et Eric Fassin, sociologue, professeur à Paris VIII. A Abidjan, les go de nuit empruntent un chemin chaotique entre délinquance et rapports tarifés dans les ghettos d'Abidjan, pour fuir les violences familiales. Très jeunes, analphabètes, largement musulmanes, elles sont prêtes à affronter le déshonneur et la mort pour un peu d'autonomie dont elles ont été privées dès le plus jeune âge. Entre le réveil et le tapin, le temps façonné par l’attente, les rêves, l’incertitude, laisse emerger une intimité presque silencieuse. Quelques unes tentent de renverser soudain leur mode d'existence pour tenter de gagner un peu de dignité à travers un nouveau projet de vie, la Casa des go. Les tensions sont telles qu’elles finissent par embaucher deux petites bonnes qu’elles rémunèrent 0,50€ par jour. Alors que les go commencent à sortir la tête du darkness, elles passent le relais de la servitude à des fillettes privées d’école comme elles au même âge. Sans doute suivront-elles le même chemin ? Le cercle se referme. Qui en sortira vraiment ?Voir la bande annonce du filmSéance organisée dans le cadre du Cycle "L'EHESS fait son ciné" proposé par la Direction de l’image et de l’audiovisuel 

Lire la suite

Origines et conditions d’apparition de la vie

Colloque - Mardi 11 octobre 2016 - 09:00La question des conditions d’apparition de la vie ou de la présence de la vie dans l’univers, longtemps considérée comme appartenant au domaine spéculatif, est en train de devenir un champ de recherche actif.Ce questionnement implique les sciences « dures » telle que l’astronomie et l’astrophysique – avec la découverte de planètes extrasolaires et l’exploration du Système Solaire par l’entremise de sondes spatiales, jusqu’à la chimie, la biologie et l’écologie – avec les derniers développements dans le monde prébiotique, l’émergence de la matière vivante et des systèmes écologiques et les étapes fondamentales de l’évolution. Ces questions impliquent tout autant les sciences humaines, comme l’histoire des sciences -avec l’histoire du questionnement des origines de la vie ou l’évolution des relations entre instrumentation scientifique et définition de la vie ; jusqu’à l’anthropologie – avec les variations culturelles de la perception et de la conception de la vie. Elles incitent, par ailleurs, à déporter le regard de la seule reconstitution des premières étapes de la vie pour considérer comme objectif la construction d’êtres « vivants » artificiels. Recréer la vie devrait en effet permettre de clarifier des questions telles que la façon dont la vie peut démarrer en tant que processus global, la probabilité de sa présence, la diversité qu’elle pourrait présenter dans d’autres mondes et, en dernier lieu, « ce qu’est » la vie.Plusieurs actions d’envergure focalisées sur ces questions ont ainsi récemment émergé dans les grandes universités internationales ou dans des fondations privées (Origins of life initiative à Harvard, Origins of Life Initiative à Munich, Earth-life Institute au Tokyo Institute of Technology, l’initiative de la Simons Foundation). Riche de l’activité de ses équipes en ce domaine ainsi que de la cartographie des savoirs susceptibles de l’étoffer, Paris Sciences et Lettres Research University a aussi souhaité aborder ces questions grâce à la mise en place récente d’un IRIS intitulé Origines et Conditions d’Apparition de la Vie.Le colloque de lancement sera l’occasion de confronter les perspectives adoptées par les grands centres mondiaux de recherche et de formation ainsi que d’en apprécier les motivations. Il montrera aussi que Paris, et de façon spécifique PSL Research University, dispose de tous les atouts pour aborder ce challenge scientifique. Inscription gratuite mais obligatoire par email à : appels-ocav@listes.univ-psl.fr

Lire la suite

Plus d'actualités

EHESS
54 bd Raspail 75006 Paris
Tél : 33 (0)1 49 54 25 05 - Fax : 33 0(1) 49 54 24 28
iris@ehess.fr
Accès

UNIVERSITE PARIS 13
UFR SMBH 74 rue Marcel Cachin, 93017 Bobigny cedex
Tél : 33 (0)1 48 38 77 75 - Fax : 33 (0)1 48 38 88 62
iris@univ-paris13.fr
Accès

 


 

Liens rapides

Archives ouvertes de l'Iris

Carnets de recherche

Twitter Iris