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Libération, 15 novembre 2016

Ayele, victime de «l’invisible qui fait mal»

Libération, 15 novembre 2016

Par Rachel Silvera, économiste, université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, Séverine Lemière, économiste, université Paris Descartes, Annie Thébaud-Mony, sociologue, Inserm

Ayele, caissière à La Courneuve, a été licenciée le 8 octobre, au motif d’«erreurs de caisse». Or, en juin, enceinte de plus de quatre mois, elle rompt la poche des eaux, en soulevant une pastèque et fera finalement une fausse couche (1).

Travailler debout pour aller plus vite, effectuer des gestes répétitifs, porter des charges de plusieurs kilos à longueur de journée ; faire face à la violence de la clientèle, supporter des horaires décalés, de soirée et de week-end… tel est le lot de toutes les caissières (près de 80 % de femmes dans ce secteur).

Mais qui se préoccupe de ces conditions de travail déplorables ? Qui s’intéresse au nombre de troubles musculo-squelettiques, aux douleurs de dos, de nuque, de jambes, à ces postures debout prolongées et à ces agressions verbales quotidiennes ? Sans parler de la pression sans cesse accrue pour faire vite, toujours plus vite ?

Pourtant, le compte prévention pénibilité, qui rentrera en vigueur en janvier 2017, prévoit de prendre en compte les gestes répétitifs, mais le port de charges lourdes n’est reconnu qu’au-dessus d’un seuil de 15 kilos. Le fait qu’une caissière porte de façon répétée sur la journée, des charges dites «légères» - mais tout de même de plusieurs kilos, comme les packs d’eaux, ou en l’occurrence une pastèque - ne compte pas, même si au bout de la journée, le total cumulé atteint… le poids d’un éléphant !

Certes, l’accord sur la prévention de la pénibilité dans le secteur du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire de 2012 propose une liste de mesures de prévention comme le port de charges lourdes mais seulement à hauteur de 25 kilos par une personne seule sans assistance mécanique.

On oppose encore aujourd’hui «le travail lourd», celui des hommes, travail en force, dangereux, insalubre, et de l’autre, le «travail léger», celui des femmes, avec des gestes répétitifs, des postures statiques, sans port de charges lourdes ? Et pourtant, «cet invisible fait mal», pour reprendre une expression de chercheures québécoises en pointe depuis fort longtemps sur ces questions. Et il met en péril la grossesse de ces femmes occupant des emplois très fortement féminisés.

A quand la reconnaissance de la pénibilité des travaux généralement effectués par les femmes, les caissières, les aides-soignantes et les infirmières, les auxiliaires de puériculture, les femmes de ménage… tous ces emplois peu ou pas considérés, jugés moins fatigants, moins risqués, et souvent assimilés aux travaux effectués dans la sphère domestique et familiale.

La situation d’Ayele révèle aussi ce que subissent de nombreuses femmes enceintes dans notre pays, encore aujourd’hui. Alors que l’employeur a l’obligation de protection de la santé et de la sécurité de ses salariés, a fortiori des femmes enceintes, rien n’a été fait pour aménager son poste, elle a pris des risques, comme si c’était à elle de choisir entre avoir un enfant ou travailler. Rien n’a été fait, non plus, pour protéger l’emploi des femmes enceintes. Après avoir perdu son bébé, à peine un mois après son retour, Ayele sera licenciée. Alors que la France a l’un des taux de natalité le plus élevé d’Europe, en 2015, alors que le droit au congé maternité a près de 100 ans, la grossesse reste le 6e (sur 18) motifs de réclamation pour discrimination auprès du Défenseur des droits.

Combien de fausses couches, combien de licenciements abusifs de femmes enceintes ou de non-renouvellements de CDD avant que l’on décide d’agir ? Ne serait-ce qu’en respectant le droit, en renforçant les protections particulières pour les femmes enceintes et en reconnaissant toute la pénibilité des emplois à prédominance féminine.

(1) Lire l’Humanité du 25 octobre.

A consulter :

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