Évaluation d'un dispositif de politique de la ville : le contrat de réussite solidaire de Bobigny (2010-2012)

  • Responsable scientifique : Daniel Verba (Iris)
  • Participants : Cécile Offroy (maître de conférence associée à l’université Paris 13) et Anne Olivier, sociologue (Tessiture).
  • Recherche financée par le Fonds d'expérimentation pour la jeunesse (Ministère de l'éducation nationale), 2010-2012

Dans une acception large, l’évaluation se définit comme un "jugement porté sur quelque chose par référence à sa valeur supposée ou réelle". Si l’évaluation s’impose aujourd’hui comme l’instrument privilégié de la mesure et de l’appréciation des politiques publiques, elle recouvre une diversité de méthodes et de champs disciplinaires. Chaque projet doit ainsi construire sa propre méthodologie d’évaluation, dans un souci de fiabilité et d’adaptation à l’objet évalué.

On peut néanmoins retenir que l’évaluation porte sur des actions (et non sur des personnes), dont elle s’efforce généralement de mesurer :

  • L’effectivité : les actions envisagées ont-elles été réellement menées ?
  • L’efficacité : les résultats attendus ont-ils été atteints ? Dans quelle mesure ? Des résultats non escomptés se sont-ils produits ? Sont-ils positifs ou négatifs ?
  • L’efficience : les résultats sont-ils à la mesure des sommes dépensées ?
  • La cohérence : les moyens utilisés étaient-ils adéquats à l’objectif et adéquats entre eux ?
  • La viabilité : l’action a-t-elle engendré une structure ou des pratiques capables de "vivre" et de se développer ?
  • L’impact : l’action a-t-elle eu, au-delà de ses résultats attendus, une influence dans un autre domaine ou sur un autre plan ?

Pour La Ville de Bobigny, porteur du projet de Réussite Solidaire, les enjeux de cette évaluation sont d’établir la valeur d’innovation et d’utilité sociale de sa démarche, et de disposer d’éléments pour, le cas échéant, réajuster son action au plus près des objectifs poursuivis. Plus largement, dans le cadre du présent appel à projet, il s’agit aussi d’envisager la transférabilité de la démarche de Réussite Solidaire de la Ville de Bobigny "à plus grande échelle".

Aussi, en accord avec le porteur de projet, l’évaluation de la démarche prendra en compte trois dimensions :

1. L’accessibilité de la démarche de Réussite Solidaire aux jeunes Balbyniens

Il s’agira d’examiner dans quelle mesure les facteurs individuels (trajectoire familiale et sociale) et les ressources locales (moyens déployés en communication, relais locaux…) peuvent favoriser ou au contraire entraver l’engagement des jeunes Balbyniens dans la démarche.

Les jeunes engagés dans la démarche présentent-ils des caractéristiques sociales et démographiques communes ? Dans quelle proportion les jeunes qui sollicitent la mission Réussite Solidaire viennent-ils de leur propre chef ou sont-ils orientés par le réseau des relais locaux ? Peut-on repérer des structures ou des institutions pourvoyeuses de jeunes ? Quel a été l’impact des campagnes d’information et de communication menées par la Ville ? Le réseau relationnel de ces jeunes (associatif, amical, familial, etc.) est-il un catalyseur de leur engagement ? Existe-t-il des jeunes qui, bien que porteurs d’un projet, restent éloignés du dispositif et quelles sont les causes de cet éloignement (ignorance, perte de confiance dans les institutions, absence de repérage et de soutien du réseau de la Réussite Solidaire…) ? A quelles conditions et au terme de quelle trajectoire un jeune Balbynien s’autorise-t-il à solliciter la mission de Réussite Solidaire ?  

2. Les résultats effectifs de la démarche de Réussite Solidaire

Il s’agira de quantifier et de qualifier les résultats atteints (effectivité, efficacité et efficience), de manière à apprécier la mobilisation des jeunes Balbyniens, mais aussi des acteurs et partenaires du réseau de Réussite Solidaire.

Combien de jeunes ont-ils contacté la mission Réussite Solidaire ? Combien de dossiers ont-ils abouti à des contrats de Réussite Solidaire ? Quelle est la part des abandons et quelles en sont les causes ? De quelle nature sont les aides attribuées et les contributions solidaires proposées ? Dans quelle proportion et dans quels délais les projets et contributions solidaires ont-ils été effectivement réalisés ? Les aides proposées (notamment les plus informelles) ont-elle été réellement apportées ? De quelle manière s’échelonnent les montants des aides financières ? Les aides et contributions solidaires sont-elles conformes ou en décalage avec les demandes et propositions formulées initialement par les jeunes ? Comment ces données évoluent-elles au fil des ans ?  

Certains domaines (par exemple le sport, la santé…) ou certains types de projets (formation, voyages…) sont-ils davantage représentés ? Quels sont les critères explicites, mais aussi implicites (appui d’un membre de la commission par exemple), qui président à l’attribution ou à l’ajournement d’une aide ? En fonction de quoi ces critères évoluent-ils (multiplication des demandes, composition de la commission…) ? Quelles sont les stratégies d’acteurs à l’œuvre ? Quel est le niveau de mobilisation des ressources internes à la Ville de Bobigny et de transversalité de la démarche ? Quel est le niveau de mobilisation des partenaires, en particulier des membres de la commission ? A-t-elle agi sur le projet (orientation, réorientation) ou sur sa réalisation ?  

3. Les effets directs et indirects du contrat de Réussite Solidaire sur les processus individuels (pour les bénéficiaires) et collectifs (pour le territoire et la collectivité)

Dans quelle mesure la démarche a-t-elle été perçue comme utile, bénéfique, voire décisive par les bénéficiaires, par les relais et les partenaires sociaux et éducatifs ? Peut-on observer des effets de seuil dans le degré d’utilité attribué selon le montant ou la nature des aides apportées ? A quelles étapes de la démarche, le contrat de Réussite Solidaire a-t-il été aidant pour le jeune (accompagnement individualisé, commission, réalisation du projet, de la contribution solidaire…) ?

Quelles sont les retombées du contrat de Réussite Solidaire sur les parcours scolaires, universitaires et professionnels, sur l’accès au logement, au soin et à la santé ainsi que sur la socialisation et la mobilité territoriale des jeunes en ayant bénéficié ? En quoi la réalisation d’une contribution solidaire a-t-elle un impact sur le territoire et les populations qui y vivent, mais aussi sur le jeune lui-même ? Quelle est l’influence du contrat de Réussite Solidaire sur les pratiques professionnelles des relais et partenaires ? Peut-on observer l’émergence d’une dynamique de réseau autour de la démarche de Réussite Solidaire ?

A qui les jeunes attribuent-ils l’aide qui leur a été apportée ? La démarche a-t-elle modifié la perception que la personne suivie se fait de l’institution municipale, des institutions en général et, plus largement, des adultes ? Comment se traduit cette évolution du rapport aux institutions dans les pratiques sociales (recours au droit, au soin, exercice du droit de vote…) ? La démarche a-t-elle permis à la personne suivie de trouver ou de retrouver confiance, en elle et dans son projet ?

 

 

 

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