Thèse d'Ilsen ABOUT

La police des identités

Histoire comparée d’une administration d’État en France et en Italie, 1880-1914

Cette recherche étudie la conversion des institutions policières européennes aux formes contemporaines de l’identification des personnes à partir des cas français et italien. L’analyse porte essentiellement sur la diffusion d’un principe d’identification au sein des principales forces de police en France et en Italie entre 1880 et 1914 et compare les processus institutionnels qui conduisent à la création du Service de l’identité judiciaire à Paris en 1893 et de la Scuola di polizia scientifica à Rome en 1902.

L’étude du rôle précurseur de la Préfecture de police de Paris à l’échelle européenne met en évidence son influence dans le développement d’un savoir bureaucratique centré sur l’administration des fichiers de police et d’un corpus de techniques spécifiques de signalement et d’enregistrement, appliquées particulièrement aux criminels récidivistes et aux suspects. Les itinéraires individuels des pionniers de cette nouvelle discipline, tels qu’Alphonse Bertillon et Edmond Locard en France, Salvatore Ottolenghi ou Giovanni Falco en Italie, permettent de mieux saisir l’influence des cercles de l’anthropologie criminelle mais aussi le rôle joué par des savoirs et des techniques aussi différents que l’anthropologie, la statistique, l’anthropométrie ou la photographie. La démarche comparatiste permet en particulier de souligner le rôle important de la criminologie positiviste, fondée sur une approche biologique du criminel, dans le développement de l’identification judiciaire des criminels en Italie. L’importance donnée à l’élaboration d’un savoir pratique et la mise en œuvre d’un système national d’identification domine en revanche le cas français.

Les limites d’une différenciation trop marquée entre les deux pays apparaissent en revanche dans l’étude d’une science policière de l’identité ouvertement transnationale et fondée sur un réseau de savoirs aux dimensions européennes. Une attention particulière est portée aux méthodes d’apprentissage de l’identification portées à la connaissance des agents de police et aux efforts entrepris pour légitimer un ensemble protéiforme de savoirs, transformés rapidement en une forme d’expertise reconnue sur le plan judiciaire. Un développement est consacré aux expositions publiques de l’identité judiciaire analysée comme des moyens pour affirmer le caractère scientifique et la nécessité politique et sociale d’une diffusion à grande échelle des techniques d’identification.

Une partie significative de cette recherche se consacre précisément à l’extension des méthodes d’identification aux populations mobiles, processus analysé comme une première marche vers l’extension de l’identification judiciaire aux populations civiles. À partir des années 1900, des mesures individuelles d’enregistrement et de contrôle sont en effet imposées à différentes catégories comme les vagabonds, les "Tsiganes", assimilés à des nomades, et aux étrangers, contribuant ainsi à l’avènement d’une figure négative du migrant. La figure du “criminel international” qui mobilise l’attention des experts réunis à Monaco en avril 1914, lors du premier congrès de police judiciaire internationale, traduit le consensus partagé par les membres d’un réseau influent de policiers et experts européens qui contribuèrent par la suite à la diffusion à grande échelle du principe d’identification des populations.

  • Doctorat d'histoire sous la co-direction de Gérard Noiriel et Peter Becker
    Date de soutenance : 2008

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