Thèse de Laurence GUYARD

La médicalisation contemporaine du corps de la femme : le cas de la consultation gynécologique

Dans une approche qualitative (observations de 300 consultations dans différents centres hospitaliers, centres de PMI et cabinets libéraux), cette recherche fait apparaître que la médicalisation s’opère avec succès pour répondre aux intérêts respectifs des gynécologues et des femmes. Si les logiques médicales relèvent pour partie de la volonté de libérer les femmes de contraintes physiologiques, en répondant à une attente féminine largement partagée, les moyens mobilisés pour y parvenir consistent majoritairement en des recours hormonaux (contraception et traitements substitutifs à al ménopause) qui présentent la particularité d’instaurer un suivi régulier, d’entraîner une uniformisation et une mise sous silence des corps reproductifs et par voie de conséquence de limiter les plaintes des patientes, allégeant ainsi une pratique quotidienne caractérisée par des plannings surchargés. Le choix contraceptif s’opère en fonction de ce double enjeu et est de ce fait rarement établi en fonction des pratiques sexuelles des utilisatrices ou de leur situation affective ou relationnelle dont dépend pourtant l’efficacité contraceptive.

Ce travail a permis de repérer les effets du genre dans cette consultation. Si femmes et hommes gynécologues partagent des représentations communes du corps féminin et de la sexualité féminine, le genre féminin ne contribue pas à réduire la gêne ni à retirer de sa puissance au pouvoir médical. Sans constituer une compétence professionnelle supplémentaire, le genre féminin se révèle avant tout être une ressource mobilisée par les gynécologues femmes pour défendre une spécialité médicale menacée de disparition et préserver la place qu’elles y occupent. La féminisation de cette spécialité médicale ne se révèle donc pas être la garantie d’une meilleure écoute à l’égard des besoins et de la santé des femmes.

L’enquête a été conduite dans une démarche réflexive. Ont été systématiquement analysés le rôle et les statuts conférés à la sociologue et leur incidence sur la production des données. Parce que travailler sur l’objet corps, qui plus est dans ses dimensions intimes, renvoie la(le) sociologue à sa propre corporéité, des stratégies plus ou moins inconscientes se mettent en place. Elles ont fait l’objet d’une analyse tout au long de la recherche. Enfin, la question du genre a constitué un axe majeur de cette analyse réflexive.

Mots-clés : santé sexuelle et reproductive, corps, genre, relation patient/médecin, professions médicales.

  • Thèse de sociologie sous la direction de Martine Segalen, Université Paris X Nanterre
  • Date de soutenance : 9 décembre 2008

 

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