Thèse de Sonia GROCHAIN


Socio-anthropologie politique de l’emploi : les Kanak et le travail en Province Nord, Nouvelle Calédonie


Cette thèse a pour but d’étudier la situation de l’emploi en Province Nord de la Nouvelle Calédonie. Cette Province est aussi majoritairement habitée par les Kanak qui ont pris position pour l’indépendance. Il s’agit de montrer en quoi dans une lutte nationale pour l’indépendance les conséquences de cette position politique des Kanak sont déterminantes pour comprendre la situation de l’emploi. D’une manière générale, ce sont les actions d’un peuple autochtone pour prendre en charge son destin économique et politique durant différentes périodes de colonisation et de décolonisation, qui sont étudiées ici.

Nous montrons de manière conjointe de quelles manières les questions de l’emploi et du non emploi sont principalement le produit de trajectoire biographique et de l’action politique, ce dernier facteur étant plus déterminant que le premier.

Pour étayer nos propos, nos avons engagé une démarche ethno-historique dans une deuxième partie afin de montrer en quoi la situation actuelle est le résultat d’un processus historique qui a mis au premier plan la politique dans la gestion de la question de l’emploi. Enfin, dans une troisième partie, nous avons étudié les conséquences de l’action politique, notamment en terme de dynamiques culturelles, et, plus précisément, en traitant spécifiquement de la question de la jeunesse face au chômage ; car c’est la catégorie sociale la plus affectée par ce problème.

Par ces différentes analyses nous voulons montrer en quoi la question de l’emploi des Kanak est moins une catégorie de l’anthropologie économique que celle de l’anthropologie politique dans la mesure où son traitement s’est souvent effectué dans le conflit politique dont la situation quasi insurrectionnelle de la Nouvelle Calédonie de 1984 à 1988, est l’un des temps forts. Par extension, cette question de l’emploi est aussi une catégorie de l’anthropologie politique en ce qu’elle apparaît parmi d’autres revendications comme l’une des conditions de l’instauration d’une paix sociale et durable. C’est ainsi le rapport entre l’emploi et les conflits politiques qui sont étudiées dans cette thèse, en reprenant la théorie de George Balandier qui consiste à dire q’on ne peut faire l’économie de l’étude des conflits politiques pour comprendre les enjeux sociaux. La question de la main d’œuvre comme un moyen d’instaurer du conflit pour faciliter la dépossession foncière puis les révoltes Kanak déterminés aussi par des conflits de travail, durant la période coloniale, sont très largement retracées. La revendication nationaliste naissante à la fin des années soixante qui en plus de la revendication de la dignité du peuple Kanak, son droit à l’indépendance, de son lien à la terre, se fonde aussi sur une lutte contre l’exclusion du monde économique.

La situation insurrectionnelle de la Nouvelle Calédonie, de 1984 à 1988, va aboutir à des accords politique de paix, (l’accord de Matignon en 1988, l’accord de Nouméa en 1998) dans lesquels est reconnue la nécessité d’un rééquilibrage économique et social, en faveur particulièrement des Kanak. L’accord de Matignon instaure une décentralisation pour servir cet objectif, la Nouvelle Calédonie est ainsi divisée en trois Provinces, dont deux sont dirigées par les indépendantistes (les provinces Nord et Iles). Une partie de cette thèse est consacrée aux conséquences de cette décentralisation sur l’évolution de l’emploi entre 1989 et 2005. L’accord de Nouméa apporte une autre avancée majeure, un droit privilégié à l’emploi des habitants de la Nouvelle Calédonie qui se fonde sur la construction d’une citoyenneté calédonienne pour un destin commun dans la paix.

Dans cette nouvelle configuration politique provinciale, nous explicitons aussi à travers "le projet Koniambo" le point de vue indépendantiste, de la nécessité d’une indépendance économique avant l’indépendance politique. Un projet qui va générer sept cent emplois directs et environ un millier d’emplois induits. Ainsi, nous montrons les efforts de l’État français, des Indépendantistes pour résoudre la question sociale qui à l’instar des quelques exemples présentés ne sont pas vains.

De ces politiques publiques qui auront permis d’augmenter à près de 30% le taux d’emploi hors actifs agricoles des Kanak, 80% de la population jeune, de moins de 35 ans, demeure cependant au chômage. C’est pourquoi nous étudions, dans la troisième partie, le comportement des jeunes face à la recherche d’emploi, esquissons des profils de jeunes sans travail, étudions les politiques publiques à leurs égards, l’espace social de la tribu dans lequel ils vivent, les dynamiques politiques et culturelles du Front de Libération Nationale Kanak Socialiste (FLNKS) qui sont mises en œuvres pour occuper une jeunesse sans emploi.


  • Thèse de doctorat en sciences sociales sous la direction d'Alban Bensa, EHESS
    Date de soutenance : 29 novembre 2007

EHESS
CNRS
Paris 13
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