Thèse de Sarah MAZOUZ

La République et ses autres

Politiques de la discrimination et pratiques de naturalisation dans la France des années 2000

Cette thèse a pour objet deux politiques qui paraissent paradigmatiques de la manière dont on a pensé et problématisé la question du rapport à l’autre et à l’étranger dans la France des années 2000 : la politique de lutte contre les discriminations raciales et la politique de naturalisation. En effet, à l’articulation d’un projet d’intégration des immigrés et d’une politique de régulation des flux, qui avait jusque-là caractérisé la manière dont la France avait conçu sa politique de gestion de l’immigration, s’est ajoutée, à la fin des années 1990, une problématisation en termes de discriminations raciales. Si cette problématisation nouvelle paraissait appeler l’instauration d’une politique de l’altérité conçue comme quelque chose qui aurait dépassé une analyse en termes de frontière entre le national et l’étranger et d’intégration des immigrés, la reconnaissance de l’existence des discriminations raciales se fait d’emblée de manière ambivalente. D’une part, le vocabulaire se fait hésitant quand il s’agit de qualifier le type de discrimination dont il s’agit puisque le caractère racial de ces discriminations est passé sous silence et que ce qui fait l’objet d’une reconnaissance est, en fait, maintenu dans le non-dit. D’autre part, la lutte contre les discriminations raciales est conçue, non pas comme le paradigme qui viendrait dépasser et remplacer celui de l’intégration, mais plutôt comme le moyen de renforcer la politique de promotion de l’intégration des immigrés et de leurs descendants. Plus encore, c’est la question nationale, et plus précisément celle de l’incorporation à la nation par la naturalisation, qui accompagne cette reconnaissance, à tâtons, des discriminations raciales, et qui fait l’objet d’un réinvestissement politique inédit, notamment par la mise en place de cérémonies de remise des décrets de naturalisation célébrant la part symbolique que recèle l’incorporation dans la nation. En se fondant sur une enquête de terrain, par observation participante et par entretiens, menée, non seulement dans une préfecture et dans la mairie d’une grande ville de la région parisienne, mais aussi avec des personnes susceptibles d’avoir été victimes de discriminations raciales et d’autres récemment naturalisées, cette recherche propose d’articuler une sociologie des politiques publiques à une anthropologie des pratiques sociale. Elle s’attache à montrer que, dans un contexte de restriction toujours plus forte de la politique d’immigration et d’une problématisation de la nationalité qui lie l’enjeu artificiel de l’identité et la réalité concrète des différentes manières d’être des nationaux, la redéfinition des politiques françaises de l’altérité s’analyse à l’aune de l’articulation, dans l’espace social, des problématiques de l’immigration et de la nation avec celle de la racialisation.

Mots-clés : dispositifs de lutte contre les discriminations raciales ; procédure de naturalisation ; cérémonies de remise des décrets de naturalisation ; France ; immigration ; nationalité ; racialisation ; articulation classe, race, genre ; pratiques administratives ; relation administrative ; street-level bureaucrats ; inégalités ; politiques publiques.

  • Thèse de sociologie sous la direction de Didier Fassin, EHESS
  • Date de soutenance : 18 octobre 2010
EHESS
CNRS
Paris 13
INSERM

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Colloque - Mercredi 22 février 2017 - 18:00Ce colloque est l’aboutissement d’un premier travail de recherche et de rencontre conduit avec des cinéastes et militants filmant de manière atypique les situations de conflits et post-conflits depuis plusieurs années ou décennies. L’objectif de ce colloque est donc de confronter les pratiques et les engagements d’artistes et de chercheurs enquêtant sur diverses situations de mobilisations ou de résistances armées, et sur la mémoire et l’amnésie constitutive de l’expérience historique des situations de post-conflits. Ces pratiques filmiques peuvent aussi inspirer les sciences sociales par leurs positions et leurs observations au plus proche des expériences de leurs interlocuteurs. En plaçant les travaux de ces cinéastes au centre des interventions, ce colloque entend aussi réinterroger les modes de savoir et les constructions de sens produits par l’image.Avec la participation des cinéastes Édouard Beau, Stéphane Breton, John Gianvito, Clarisse Hahn, Florent Marcie et du Collectif de vidéastes ukrainiens BABYLON’ 13.(...)

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