Thèse de Virginie RIOU

Trajectoires pseudo-coloniales. Les Français du condominium franco-anglais des ex Nouvelles-Hébrides (Vanuatu) de la fin du XIXe siècle à l'entre deux guerres

Le Vanuatu, petit pays insulaire du Pacifique Sud, a été de 1887 à 1980 sous la tutelle conjointe de l’Angleterre et de la France. Alors dénommé "condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides", l’archipel a été le siège d’une micro-communauté de Français.

Attirés pour la majorité d’entre eux par la terre que leur concédait gratuitement une société privée soutenue par le Gouvernement, les migrants venaient dans l’objectif de devenir planteur et mettre en valeur l’archipel.

Basée à la fois sur une enquête de terrain durant laquelle ont été recueillis les souvenirs des descendants des planteurs des Nouvelles-Hébrides et sur une recherche d’histoire classique, cette thèse poursuit un double objectif : d’abord remonter aux origines du micropeuplement français en reconstituant le cadre impérial qui rend intelligible la trajectoire des migrants, ensuite se pencher sur les acteurs eux-mêmes, leur parcours passé, les modalités de leur installation et celles de leur enracinement dans le contexte des Nouvelles-Hébrides, de la fin du 19e siècle à l’entre-deux-guerres.

La première partie restitue les divers échelons dans lesquels se sont insérées les logiques de l’état français ayant mené à l’installation des migrants. Ce faisant, elle met en évidence la place centrale que les migrants français ont occupée dans la formation du condominium. Ils sont en effet indirectement à l’origine de la Convention de 1887 ayant institué l’archipel en tant que "sphère d’influence conjointe" entre la France et l’Angleterre. Ils ont par la suite directement orienté les réglementations les plus importantes du condominium que sont le régime foncier, celui de la main-d’œuvre et surtout son statut atypique entraînant par conséquent celui des personnes (Convention de 1906). La présence des migrants français est donc à l’origine de l’ambigüité institutionnelle du condominium des Nouvelles-Hébrides, une situation coloniale sans pour autant être une colonie comme le démontre ce travail.

La deuxième partie retrace au plus près la trajectoire d’individus et familles venus de manière assistée ou spontanée s’installer au Nouvelles-Hébrides pour devenir ou non planteurs. Elle suit d’abord leur processus migratoire en prenant en considération leurs lieux et milieux d’origine ainsi que les différentes étapes traversées avant leur arrivée dans l’archipel. Elle reconstitue ensuite leur parcours d’apprenti planteur aux Nouvelles-Hébrides, depuis leur arrivée jusqu’à leur enracinement. Cette deuxième partie est donc centrée sur la plantation et les problématiques qui lui sont liées en termes de gestion, d’approvisionnement en main-d’œuvre, enfin d’organisation du travail, ceci des débuts de la mise en valeur jusqu’au plein rendement. Parallèlement, elle retrace l’évolution des relations de genre et de race établies entre le planteur et ses ouvriers agricoles, des insulaires issus des sociétés mélanésiennes des Nouvelles-Hébrides auxquels se sont ajoutés des travailleurs indochinois sous contrat au début des années 1920.

La troisième et dernière partie explore le versant privé du parcours des migrants français. Étudier la vie privée des planteurs équivaut à se pencher sur l’interface sexuelle des relations entre les groupes et leur gestion tant au sein de la société blanche que des sociétés mélanésiennes. Cela implique également de s’interroger sur le statut des femmes mélanésiennes de l’archipel évalué à l’aune de celui des femmes européennes avec lesquelles elles ont formé un couple d’opposition.

Cette dernière partie s’oriente ensuite sur le thème de l’éducation de manière à saisir comment devient-on français sur un territoire ne dépendant directement d’aucune métropole habité qui plus est par une population bigarrée dans une zone sous influence britannique.  Elle se clôt sur le produit de la rencontre charnelle des groupes, les métis, étudiés en fonction des règles françaises et mélanésiennes de l’alliance et de la filiation et de leur genre.

En dépit de l’entremêlement des histoires traitées que sont l’histoire impériale de la France dans le Pacifique Sud, l’histoire locale des ex-Nouvelles-Hébrides et l’histoire individuelle ou familiale des migrants dont le parcours a été reconstitué, de la diversité des lieux évoqués, et de la pluralité des thématiques abordées, cette thèse ne poursuit qu’un seul objectif : saisir qui étaient et ce qu’ont vécu les anciens planteurs des Nouvelles-Hébrides.

Comprendre les logiques ayant présidé à l’installation de ces migrants revient à retracer le processus de création du condominium. En revanche, suivre les logiques de leurs parcours professionnel et privé aux Nouvelles-Hébrides équivaut à saisir les impacts multiples de cette institution sur leurs conditions et choix de vie.

Si ces migrants français ont été au cœur de la formation du condominium, à l’inverse, les limites et faiblesses du condominium ont à leur tour fortement conditionné leurs expériences, tant sur le plan professionnel que privé. C’est ce que je souhaite démontrer dans cette thèse.

Ce travail qui réinsère les planteurs dans le champ des rapports sociaux des Nouvelles-Hébrides, de la fin du 19e siècle à la période de l’entre-deux-guerres, doit se lire comme une contribution à l’historiographie et à l’anthropologie du Vanuatu.

  • Mots clefs : condominium franco-anglais des ex-Nouvelles-Hébrides (Vanuatu) ; situation coloniale ; migrants français ; plantations ; rapports de race et de genre
  • Thèse d'anthropologie sous la direction d'Alban Bensa
    Date de soutenance : 14 décembre 2010

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