Thèse de Milena JAKSIC

De la victime-idéale à la victime-coupable. Traite des êtres humains et sociologie des politiques de la pitié

La victime de la traite des êtres humains est appréhendée à la fois comme coupable d’infractions de séjour irrégulier et de racolage et comme victime de ce qui est considéré comme l’une des pires atteintes aux droits de l’Homme : être acheté, être vendu, être exploité. Ce statut de victime-coupable est doublé d’un paradoxe, voire d’une énigme que ce travail de thèse s’attache à résoudre : alors que la traite est constituée en "bonne cause" au nom des victimes à protéger, celles-ci se voient barrer l’accès au statut d’ayant droit dès lors qu’il est question de traduire leur souffrance en statut administratif. D’un objet de souillure au regard des droits de l’Homme, elles se transforment en source de menace devant le policier, le juge ou l’agent des préfectures. L’analyse de ce déplacement - de la victime en coupable - constitue l’objet principal de cette thèse, qui croise enquête ethnographique et sociologie des mobilisations et de l’action publique.

Cette étude est scindée en deux mouvements. À partir d’une analyse de la carrière des victimes de la traite, la première partie de cette thèse montre que leur transformation de victime en coupable est le fait d’une street level bureaucracy policière, associative et judiciaire, prise dans des contradictions entre la défense des priorités nationales (protection de l’ordre public, contrôle de l’immigration et de la prostitution) et celle des principes universels des droits de l’Homme. La deuxième partie montre que cette difficulté des acteurs sociaux à reconnaître les victimes de la traite provient du cadrage même de la cause tel qu’il fut opéré dans les espaces internationaux. Ce travail se conclut par une ethnographie des procès pour proxénétisme aggravé qui examine l’institutionnalisation du passage de la victime en coupable par le droit.

Mots-clefs : carrière, controverses, épreuve, grammaire, identification, sociologie du droit et de la pitié, mobilisations, traite, victime.

  • Thèse de sociologie sous la direction de Gérard Noiriel, EHESS
  • Date de soutenance : 29 juin 2011

Jury

  • Élisabeth Claverie, Directrice de recherche au CNRS, examinatrice
  • Nicolas Dodier, Directeur d'études en sociologie, EHESS, Paris, examinateur
  • Sandrine Lefranc, Directrice de recherche au CNRS, examinatrice
  • Lilian Mathieu, Directeur de recherche au CNRS, ENS Lyon, rapporteur
  • Gérard Noiriel, Directeur d'études en histoire, EHESS, Paris, directeur de thèse
  • Johanna Siméant, Professeure de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, rapporteure
     

 

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