Thèse de Janina KEHR

Une maladie sans avenir. Anthropologie de la tuberculose en France et en Allemagne

La tuberculose a cessé d’être un fléau il y a un demi-siècle en France comme en Allemagne. Vaincue par le double progrès social et médical dans les années 1950 et 1960, cette maladie infectieuse est aujourd’hui une préoccupation marginale du pouvoir politique et des institutions de santé publique dans les deux pays – contrastant ainsi avec la situation à l’échelle mondiale, où elle constitue depuis deux décennies un nouveau défi médical et sanitaire. À travers une ethnographie comparative en Île-de-France et à Berlin, menée auprès des professionnels de santé et de leurs patients dans trois services hospitaliers et trois centres de lutte anti-tuberculose, ma thèse s’attache à comprendre la manière dont la tuberculose, cet objet disparaissant, est problématisée, traitée et prise en charge en pratique aujourd’hui. Trois questionnements, à l’aune desquels cette maladie a été suivie dans les domaines de la clinique et de la santé publique, ont guidé ce travail. Comment une maladie du passé existe-elle dans un monde tourné vers l’avenir et le progrès? Comment une maladie sociale est-elle traitée dans le domaine biomédical ? Comment une maladie associée à l’ailleurs est-elle contrôlée ici ? En articulant une ethnographie des activités thérapeutiques et sanitaires avec une enquête sur l’histoire, la démographie et la déontologie des professionnels de chaque lieu de traitement, ma thèse met en évidence la manière dont les résidus du passé et les pratiques sociales et politiques s’agencent localement en biomédecine clinique et en santé publique ; elle décrit la réactualisation d’anciennes politiques sanitaires telles qu’elles sont déployées aux marges de l’État dans deux pays européens aujourd’hui ; enfin, elle dévoile les enjeux sociaux, éthiques et politiques qu’engendrent le traitement et le contrôle d’une maladie sociale en déclin, en enquêtant sur un champ – la médecine – qui est davantage scientifique, technologique et axé sur le futur. En somme, à travers une anthropologie de ses pratiques de traitement ordinaires, la thèse fait apparaître l’existence ambivalente de la tuberculose en France et en Allemagne, oscillant entre pathologie sociale, affection du passé et maladie de l’Autre. Ce travail montre ainsi en quoi la tuberculose représente une maladie sans avenir pour la médecine de ces deux pays « modernes » et médicalisés.

  • Thèse de sociologie sous la direction de Didier Fassin, EHESS et de Stefan Beck, Université Humboldt
  • Date de soutenance : 20 novembre 2012
  • Jury
    Stefan Beck, professeur à l'Université Humboldt, Berlin, co-directeur de thèse
    Didier Fassin, professeur à l’Institut d’Étude Avancée de Princeton, directeur d’études à l’EHESS, co-directeur de thèse
    Jean-Paul Gaudillière, directeur de recherche à l'INSERM, directeur d'études à l'EHESS
    Thomas Lemke, professeur à l'Université Johann Wolfang Goethe de Francfort, rapporteur
    Annemarie Mol, professeur à l'Université d'Amsterdam
    Vololona Rabeharisoa, professeure à l'Ecole des Mines de Paris, rapporteure
EHESS
CNRS
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