Thèse de Yasmine BOUAGGA

Humaniser la peine ? Ethnographie du traitement pénal en maison d’arrêt

Établissement destiné à assurer la garde d’individus contre leur gré, en application de décisions de justice, la prison est un lieu clos, régi par des règles sécuritaires strictes qui priment sur les libertés ordinairement garanties aux personnes. C’est en cela une institution paradoxale dans l’ordre démocratique libéral, exposée à de fortes critiques (son caractère immoral, la violence et l’indignité des conditions de détention). La « question carcérale », construite en référence aux principes de l’État de droit et de la dignité humaine depuis les années 2000, pose problème à l’administration pénitentiaire, enjointe d’humaniser la peine alors même que des politiques pénales répressives lui assignent la responsabilité d’un nombre croissant de personnes. La thèse étudie ces contradictions dans le fonctionnement quotidien de la prison, en mettant en lumière le lien entre les enjeux locaux de la prise en charge des personnes détenus, les enjeux institutionnels des relations entre prison et justice, et les enjeux moraux plus larges relatifs au traitement pénal en démocratie.

La recherche s’appuie pour cela sur une enquête de terrain de deux ans, dont sept mois dans deux maisons d’arrêt de région parisienne. Alliant observations et entretiens avec les détenus et les diverses personnes avec lesquelles ils sont en contact (agents pénitentiaires, notamment les conseillers d’insertion et de probation ; juges d’application des peines ; intervenants extérieurs), cette recherche montre la place croissante des procédures juridiques et des professionnels du droit au sein de la prison.

Cette thèse entreprend d’étudier de concert les différentes facettes de l’entrée du droit en prison. À la fois ensemble de régulations inscrites dans l’ordre juridique (code de procédure pénale, règlement etc.), et référent moral (les droits de l’homme), le droit est mobilisé tant comme instrument de coercition que comme contre-pouvoir, comme moyen de contrôler les détenus et comme moyen de moraliser l’institution qui les enferme. Mais loin d’être « neutre », le droit « en actes » est une pratique socialement située dans des contextes où la pertinence de la règle s’apprécie en fonction de propriétés sociales auxquelles se mêlent des affects. Dès lors, la spécificité des interactions mettant en présence ceux qui jugent et ceux qui sont jugés (des détenus hommes, souvent jeunes, issus de milieux populaires, et des « minorités visibles ») est une donnée fondamentale de l’analyse de ce droit « en actes » et des sentiments moraux qu’il traduit : qu’est-ce que « bien traiter » ? Qu’est-ce qu’un détenu « méritant » ? Qui n’a « rien à faire » en prison ou au contraire qui n’est « pas réinsérable » ? Ces jugements, formulés au quotidien au sein de la prison, reproduisent, mais parfois aussi déplacent les lignes de division entre l’intérieur et l’extérieur. Ils participent aussi à forger, du côté des détenus, un rapport subjectif à l’institution souvent en porte-à-faux avec les ambitions de resocialisation par le droit affichées dans les politiques publiques. Cette étude éclaire plus largement les processus à l’œuvre dans les institutions étatiques, envisagées non pas comme des appareils d’État monolithiques, mais, au contraire, comme traversées de logiques hétérogènes, et, parfois, contradictoires.

  • Thèse de sociologie sous la direction de Didier Fassin, EHESS
  • Date de soutenance : 21 octobre 2013
  • Jury
    Gilles Chantraine, chargé de recherche au CNRS
    Manuela Ivone Cunha, professeure à l’Université du Minho, rapporteuse
    Vincent Dubois, professeur à l’Université de Strasbourg, rapporteur
    Didier Fassin, professeur à l’Institut d’Étude Avancée de Princeton et directeur d’études à l’EHESS, directeur
    Liora Israël, maîtresse de conférences à l’EHESS
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Little go girls d'Éliane De Latour

Projection-débat - Mardi 17 janvier 2017 - 18:00La projection sera suivie d'un débat en présence de la réalisatrice Éliane de Latour, cinéaste et anthropologue, directrice de recherches à l’Iris, avec Thomas Sotinel, critique cinéma au journal Le Monde et Eric Fassin, sociologue, professeur à Paris VIII. A Abidjan, les go de nuit empruntent un chemin chaotique entre délinquance et rapports tarifés dans les ghettos d'Abidjan, pour fuir les violences familiales. Très jeunes, analphabètes, largement musulmanes, elles sont prêtes à affronter le déshonneur et la mort pour un peu d'autonomie dont elles ont été privées dès le plus jeune âge. Entre le réveil et le tapin, le temps façonné par l’attente, les rêves, l’incertitude, laisse emerger une intimité presque silencieuse. Quelques unes tentent de renverser soudain leur mode d'existence pour tenter de gagner un peu de dignité à travers un nouveau projet de vie, la Casa des go. Les tensions sont telles qu’elles finissent par embaucher deux petites bonnes qu’elles rémunèrent 0,50€ par jour. Alors que les go commencent à sortir la tête du darkness, elles passent le relais de la servitude à des fillettes privées d’école comme elles au même âge. Sans doute suivront-elles le même chemin ? Le cercle se referme. Qui en sortira vraiment ?Voir la bande annonce du filmSéance organisée dans le cadre du Cycle "L'EHESS fait son ciné" proposé par la Direction de l’image et de l’audiovisuel (...)

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Origines et conditions d’apparition de la vie

Colloque - Mardi 11 octobre 2016 - 09:00La question des conditions d’apparition de la vie ou de la présence de la vie dans l’univers, longtemps considérée comme appartenant au domaine spéculatif, est en train de devenir un champ de recherche actif.Ce questionnement implique les sciences « dures » telle que l’astronomie et l’astrophysique – avec la découverte de planètes extrasolaires et l’exploration du Système Solaire par l’entremise de sondes spatiales, jusqu’à la chimie, la biologie et l’écologie – avec les derniers développements dans le monde prébiotique, l’émergence de la matière vivante et des systèmes écologiques et les étapes fondamentales de l’évolution. Ces questions impliquent tout autant les sciences humaines, comme l’histoire des sciences -avec l’histoire du questionnement des origines de la vie ou l’évolution des relations entre instrumentation scientifique et définition de la vie ; jusqu’à l’anthropologie – avec les variations culturelles de la perception et de la conception de la vie. Elles incitent, par ailleurs, à déporter le regard de la seule reconstitution des premières étapes de la vie pour considérer comme objectif la construction d’êtres « vivants » artificiels. Recréer la vie devrait en effet permettre de clarifier des questions telles que la façon dont la vie peut démarrer en tant que processus global, la probabilité de sa présence, la diversité qu’elle pourrait présenter dans d’autres mondes et, en dernier lieu, « ce qu’est » la vie.Plusieurs actions d’envergure focalisées sur ces questions ont ainsi récemment émergé dans les grandes universités internationales ou dans des fondations privées (Origins of life initiative à Harvard, Origins of Life Initiative à Munich, Earth-life Institute au Tokyo Institute of Technology, l’initiative de la Simons Foundation). Riche de l’activité de ses équipes en ce domaine ainsi que de la cartographie des savoirs susceptibles de l’étoffer, Paris Sciences et Lettres Research University a aussi souhaité aborder ces questions grâce à la mise en place récente d’un IRIS intitulé Origines et Conditions d’Apparition de la Vie.Le colloque de lancement sera l’occasion de confronter les perspectives adoptées par les grands centres mondiaux de recherche et de formation ainsi que d’en apprécier les motivations. Il montrera aussi que Paris, et de façon spécifique PSL Research University, dispose de tous les atouts pour aborder ce challenge scientifique. Inscription gratuite mais obligatoire par email à : appels-ocav@listes.univ-psl.fr(...)

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