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. TONDA MAHEBA

tonda maheba
Doctorant
Discipline(s) : Sociologie
Institution(s) de rattachement : EHESS

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L’État vampire : Don de sang, transfusion sanguine et politiques de la vie au Gabon

Thèse préparée à l'EHESS sous la direction de Joëlle Vailly, (CNRS/Iris)

Au milieu des années 1990, lorsque les banques de sang furent instituées en Afrique centrale comme des remparts à l’épidémie du sida par un renforcement de l’attention portée à la sécurité transfusionnelle, le recours aux donneurs de sang bénévoles fut également inscrit au rang de priorité des politiques de collecte de sang. Pourtant, près d’une trentaine d’années après, la collecte de sang au Gabon repose en très grande majorité sur des prélèvements sanguins effectués auprès de donneurs de sang familiaux ou de militaires, considérés par des études épidémiologiques comme des populations à « risque » ou à « haut risque » transfusionnel. Cette thèse propose une analyse sociologique des politiques et de la pratique du don de sang au Gabon, à partir de cette situation qui perdure. Le constat qui se dégage des enquêtes de terrain menées par entretiens et observations simples ou participantes à Libreville, Lambaréné et Franceville, rend compte de tensions entre les structures étatiques ayant en charge cette question de santé, et le public dont elles sont censées prendre soin. Pour les responsables des banques de sang, les dons de sang compensatoires obligatoires à la charge des familles des patients à transfuser et la cession payante des poches de sang, décriés par le public, sont indispensables à leur fonctionnement et constituent une réponse à l’absence de « culture du don de sang des Gabonais ». Pour les usagers de ces structures en revanche, cela participe d’une forme d’injustice ou d’enrichissement à leurs dépens, tant cela relève d’une logique contradictoire avec la dénomination de « don » accolée à ce geste. C’est pour eux la preuve que l’État, dans un contexte social marqué par l’endémicité de la violence (politique, économique, des « crimes rituels », etc.) qu’il est accusé d’entretenir, n’accorde aucune importance à leur vie. De cette opposition émerge un ensemble de questions touchant aux valeurs d’usage du sang et à la valeur de la vie, cette dernière étant naturellement constituée, pour tous, comme ce que le don de sang permet de « sauver ». Ce point de convergence qui peut sembler paradoxal souligne en réalité le caractère plus complexe, dialectique, de cet objet d’étude et l’existence de nœuds de tensions autour de la gestion étatique des dons de sang. Des tactiques individuelles ou familiales de solidarité ciblée répondent ainsi aux stratégies de collecte de sang, ou encore, la condamnation de la marchandisation des produits sanguins n’est pas contradictoire avec le désir de se faire rémunérer en contrepartie d’un don de sang. Pour comprendre comment fonctionne et se maintient ce dispositif dans lequel les deux pôles s’incriminent mutuellement, et expliquer pourquoi et à qui l’on donne du sang, mais aussi définir les politiques et pratiques qui fixent la valeur de la vie dans ce contexte, l’hypothèse adoptée est celle portée par le concept opératoire d’État vampire. Par ce dernier, qui tient compte de la définition émique locale du vampire, représentant à la fois les forces mystiques de la sorcellerie et des dispositions individuelles qui poussent à agir, il s’agit de rendre compte du rapport social de prélèvements sanguins entretenu par la constitution de sujets reproduisant paradoxalement les logiques de fonctionnement des dispositifs transfusionnels qu’ils critiquent et auxquels ils croient s’opposer. De là découlent des politiques de la vie marquées par l’aveuglement des sujets quant à leur réduction à n’être que des valeurs d’usages corporelles travaillant à leur propre vampirisation par l’État, détenteur du pouvoir/savoir transfusionnel.

  • Mots-clés : Don de sang, État vampire, Marchandisation, Politiques de la vie, Sujet à risque, Valeur d’usage.

Prix

  • Lauréat 2018-2019 de la bourse doctorale du Musée du quai Branly- Jacques Chirac
  • Lauréat 2014 de la bourse de recherche doctorale de la Fondation Martine Aublet / musée du Quai Branly

Valorisation de la recherche

Travaux universitaires

  • « Le sida, paradigme de la transfusion sanguine. Analyse sociologique du recours au don de sang pour se faire dépister au Gabon », Communication effectuée lors du colloque international ‘‘Sciences sociales et VIH/Sida en Afrique subsaharienne’’ à Abidjan du 12 au 14 décembre 2016.
  • « Rareté et variation des prix de cession des produits sanguins labiles au Gabon. Socio-histoire d’un dysfonctionnement », Communication retenue pour l’atelier ‘‘Entre abondance et rareté : questionner le rapport ambigu de l’Afrique au médicament’’, dans le cadre des 4eme Rencontres des Études Africaines en France, les 5, 6 et 7juillet 2016.
  • Organisateur de la table ronde « Étudier les Afriques, avec ou sans les paradigmes postcoloniaux ? », ayant regroupé Jean-Loup Amselle (EHESS), Rémy Bazenguissa-Ganga (IMAf, EHESS), Elise Pape (IRIS, EHESS) et Sami Tchak (Écrivain), lors de la 3ème rencontre des Jeunes Chercheurs en Études Africaines, organisée à Paris les 14, 15 et 16 janvier 2016.
  • Membre du comité d’organisation de la 3ème rencontre des Jeunes Chercheurs en Études Africaines, organisée à Paris les 14, 15 et 16 janvier 2016.
  • « Don de sang et ‘‘crimes rituels’’ au Gabon : La ‘‘preuve’’ par le cinéma », communication effectuée lors de la session parallèle « Santé, arts et cultures populaires – Jouer de la maladie dans une Afrique en mutation » en marge de la 14ème Assemblée Générale du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences sociales en Afrique (CODESRIA), organisée du 08 au 12 juin 2015 à Dakar.
  • « Don de sang ou prélèvement sanguin ? Fétichisme des valeurs d’usage du sang et stratégies de survie à Libreville », présentation effectuée lors du workshop organisé par le Réseau des Jeunes Chercheurs en Sciences Sociales d’Afrique Centrale (REJAC) du 25 au 29 mai 2015 à l’Université Catholique d’Afrique Centrale de Yaoundé.
  • Discutant de la communication d’Eduardo Carrasco-Rahal intitulée « Le corps, propriété privée, propriété sociale ou propriété de Dieu », lors de l’Atelier des doctorants de l’Institut des Mondes Africains, à l’École des Hautes Études, le 20 février 2015.

Chapitres d’ouvrages

  • « La violence par le sang. Vampirisme et zombification par le don de sang à Libreville », in A. Aterianus-Owanga, M. Mebiame-Zomo et J. Tonda (Sous la dir.), La violence de la vie quotidienne à Libreville, Louvain, Academia/L’Harmattan , 2016.
  • « ‘‘Don de sang’’ ou ‘’prélèvement’’ sanguin ? Fétichisme des valeurs d’usage du sang et stratégies de survie à Libreville », in Edmond VII Mballa Elanga (sous la dir.), La ville en Afrique noire : Réalités d’aujourd’hui, Paris, Edilivre, 2016.


     

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