Thèse d'Emilia PLOSCEANU

Corriger et protéger. La dynamique des réseaux réformateurs en Roumanie (1900-1950)

Au croisement de la sociologie historique et de l'histoire des circulations transnationales, cette thèse explore un cas de figure de la « nébuleuse réformatrice », dans sa dynamique vers l'Europe de l'Est. Abordant l'émergence de la spécialisation scientifique en Roumanie, avec l’accent sur les sciences sociales empiriques, à une période forte de construction de l'État-nation, il s'agit de suivre la genèse, la configuration et la désagrégation d'un espace d'engagement au nom de la réforme sociale, revendiquée comme une forme d'autorité scientifique dans les décisions politiques. Issue de la volonté de corriger à la fois le politique et le populaire pour construire la communauté nationale comme une société solide, mais aussi de garantir la paix sociale en protégeant la "vie fragile", la réforme sociale prend, dans cette configuration, une dimension paternaliste sous les traits de la pédagogie sociale et une dimension maternaliste sous les traits de l’assistance sociale.

L'imbrication de trajectoires singulières dans des réseaux pluriels, l'échelle transnationale de la coopération disciplinaire et le genre constituent les axes méthodologiques ayant permis de saisir les attributs de cette configuration et ses pratiques. Hiérarchisé et genré, comportant un noyau dur autour d’une centaine de spécialistes actifs au sein de l'Institut Social Roumain et une circonférence réunissant plusieurs groupes d’acteurs engagés dans la professionnalisation des problèmes sociaux, le collectif réformateur tire une large part de sa légitimité locale du soutien de ses collaborateurs internationaux (Fondation Rockefeller, Institut International de Coopération Intellectuelle, Young Women Christian Association...). Mais le relâchement de ces liens transnationaux aux alentours de la Seconde Guerre en précipite la dérive politique. La désagrégation de l’espace réformateur s'achève dans la conjoncture du transfert de pouvoir du régime fasciste vers le régime communiste (1945-1950). Le cas roumain se prête à une interrogation plus générale au sujet de la distinction classique en sciences sociales entre "le savant et le politique", démontrant que les frontières sont plus poreuses que dans les constructions rhétoriques des acteurs. Le rapport entre les pratiques savantes d'une réforme sociale vouée à la globalisation et les technologies de pouvoir ancrées dans des contextes politiques situés marque la limite de cette thèse et la prémisse pour une étude comparative à venir.

Mots-clés : sociologie historique, espace réformateur, réseaux, configuration, genre de la réforme, Institut Social Roumain, pédagogie sociale, enquête monographique, Fondation Rockefeller, circulations transnationales, hygiène sociale, démographie, assistance sociale, care, casework

 

  • Thèse de sociologie sous la direction de Rose-Marie Lagrave, EHESS
  • Date de soutenance : lundi 23 juin 2014

Jury

  • Marie-Emmanuelle Chessel, Directrice de recherche au CNRS, examinatrice
  • Ioana Cirstocea, Chargée de recherche au CNRS, examinatrice
  • Rose-Marie Lagrave, Directrice d’études à l’EHESS, directrice de la thèse
  • Antoine Savoye, Professeur à l'Université Paris 8, rapporteur
  • Christian Topalov, Directeur d'études à l'EHESS, examinateur
  • Florin Turcanu, Professeur à l'Université de Bucarest, rapporteur
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