Thèse de Jérémy GEERAERT

La question sociale en santé. L’hôpital public et l’accès aux soins des personnes en marge du système de santé en France à l’aube du XXIe siècle

Ce travail porte sur l’étude du traitement de la question sociale dans le domaine de la santé à l’hôpital public au prisme des rapports de pouvoir et de l’organisation du système de santé. Ainsi, l’enquête sociologique a porté sur les Permanences d’accès aux soins de santé (PASS) présentes au sein d’hôpitaux publics en France et dont l’accès est réservé aux personnes éloignées du système de santé, dont le cas emblématique est celui de l’étranger sans papier.

La méthode a consisté à combiner des éléments sociohistoriques et une enquête empirique qui s’est déroulée sur trois années auprès de seize PASS implantées dans huit villes et au sein d’organismes en lien avec elles, telles des associations ou encore les tutelles institutionnelles. Des observations et des entretiens semi- directifs auprès de professionnels ont été réalisés (n=40).

D’abord, l’étude de la généalogie de la question sociale en santé en France montre comment s’est progressivement constitué à la fin du XXe siècle un espace du soin de la précarité visant à prendre spécifiquement en charge des groupes sociaux parmi les plus défavorisés. Cet espace de soin spécifique a connu une institutionnalisation dans le système hospitalier public français au cours des années 1990, s’inscrivant à la fois dans le champ de la santé publique et dans celui de la lutte contre l’exclusion. Il remplit des objectifs (bio-)politiques multiples : lutter contre l’exclusion sociale, garantir un droit à la santé, protéger la santé de la population générale. En second, l’étude des PASS dans l’organisation hospitalière conclut à leur mise en difficulté par les deux modèles dominants concurrents (spécialisation technique et néo-managérial). Face à cette situation, diverses stratégies (d’adaptation et d’autonomisation) sont déployées par différents acteurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôpital. Enfin un troisième résultat relève de l’analyse des catégories de patients produites lors des interactions avec les professionnels des PASS. Elle met en lumière le rôle qu’elles jouent dans la stratification du système de santé à ses marges les plus basses. Les patients sont ainsi séparés en groupes plus ou moins légitimes selon des critères de citoyenneté et de solvabilité auxquels sont attribuées des valeurs de la vie différenciées. Cela se caractérise dans le quotidien des PASS, par une tension permanente entre inclusion et exclusion du patient et une distribution différenciée des soins. Un gouvernement individualisé et flexible permet de poursuivre dans un tel contexte la multiplicité des objectifs (bio-)politiques.

  • Thèse de sociologie préparée sous la direction de Marie Jaisson (Université Paris 13)
  • Date de soutenance : 17 octobre 2017

Composition du jury

  • Isabelle Astier, Professeure de sociologie, université de Picardie Jules Verne, Rapporteure
  • Nicolas Belorgey, Chargé de recherche au CNRS - SAGE, Examinateur
  • Hélène Bretin, Maîtresse de conférence en sociologie à l'Université Paris 13, Examinatrice
  • Marie Jaisson, Professeure de sociologie, Université Paris 13, Directrice
  • Dominique Memmi, Directrice de recherche au CNRS - Cresppa-CSU - Rapporteure
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