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	Une histoire populaire de la France

Une histoire populaire de la France

De la guerre de Cent Ans à nos jours – 2e édition

Gérard Noiriel
Marseille,  Agone, Mémoires sociales ,   [2019],  832 p.
Prix : 28 €

 « En 1841, dans son discours de réception à l’Académie française, Victor Hugo avait évoqué la “populace” pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu’il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot “misérable”, qu’il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d’Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, Eugène Sue découvrit les réalités du monde social qu’il évoquait dans son roman. L’ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d’être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. »

La France, c’est ici l’ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l’État français. Dans cette somme, l’auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé son histoire depuis la fin du Moyen Âge : les guerres, l’affirmation de l’État, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l’esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.

Extraits de l’introduction :

« L’ambition ultime de cette Histoire populaire de la France est d’aider les lecteurs non seulement à penser par eux-mêmes, mais à se rendre étrangers à eux-mêmes, car c’est le meilleur moyen de ne pas se laisser enfermer dans les logiques identitaires. »

« La démarche historique permet de retracer la genèse des grands problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle, dans cette histoire populaire de la France, j’ai privilégié les questions qui sont au centre de notre actualité, comme les transformations du travail, les migrations, la protection sociale, la crise des partis politiques, le déclin du mouvement ouvrier, la montée des revendications identitaires. Le but étant de mettre cette vaste réflexion à la disposition du plus large public, j’ai adopté la forme du récit en m’efforçant de présenter sous une forme simple des questions parfois très compliquées. »

« Pour moi, le “populaire” ne se confond pas avec les “classes populaires”. L’identité collective des classes populaires a été en partie fabriquée par les dominants et, inversement, les formes de résistance développées au cours du temps par “ceux d’en bas” ont joué un rôle majeur dans les bouleversements de notre histoire commune. Cette perspective m’a conduit à débuter cette histoire de France à la fin du Moyen Âge, c’est-à-dire au moment où l’État monarchique s’est imposé. Appréhendé sous cet angle, le “peuple français” désigne l’ensemble des individus qui ont été liés entre eux parce qu’ils ont été placés sous la dépendance de ce pouvoir souverain, d’abord comme sujets puis comme citoyens. »

« Ce qui permet d’affirmer le caractère « populaire » de l’histoire de France, c’est le lien social, c’est-à-dire les relations qui se sont nouées au cours du temps entre des millions d’individus assujettis à un même État depuis le XVe siècle, et grâce auxquelles a pu se construire un « nous » Français. Les classes supérieures et moyennes ont été dans l’obligation de tenir compte des activités, des points de vue, des initiatives, des résistances, propres aux classes populaires, afin de mettre en œuvre des formes de développement autres que celles qu’elles avaient imaginées au départ. Et réciproquement, les représentations du peuple français que les élites ont construites au cours du temps, les politiques qu’elles ont conduites, ont profondément affecté l’identité, les projets, les rêves et les cauchemars des individus appartenant aux classes populaires. »

Sommaire

1. Pourquoi Jeanne d’Arc malgré tout ?

Nos ancêtres furent des migrants / L’esclavage fut pendant près de mille ans la forme dominante d’exploitation des classes populaires en Europe / La féodalité s’imposa à partir du xie siècle comme un nouveau mode de domination de l’homme par l’homme / Les seigneurs de l’Île-de-France imposèrent progressivement leur domination sur un vaste territoire qui devint le royaume capétien / La guerre de Cent Ans mit en péril la construction de l’État capétien / La crise transforma les représentations dominantes de la pauvreté / C’est la naissance de l’impôt royal qui fabriqua le peuple français en tant que communauté d’individus assujettis à l’État / L’épopée de Jeanne d’Arc montra ce qui arrive au peuple quand il se porte au secours des puissants

2. Dire sa souffrance au nom de Dieu

La redécouverte de l’imprimerie par les Européens fut le point de départ d’une révolution de la communication à distance dont profita la Réforme / En Alsace, les paysans et les artisans s’approprièrent la critique luthérienne pour combattre l’exploitation dont ils étaient victimes / En France, le pouvoir royal réussit, dans un premier temps, à réprimer efficacement les dissidences religieuses / La politisation de la question religieuse et ses effets sur les classes populaires / Le peuple français accepta finalement de se soumettre au pouvoir souverain de l’État royal pour mettre fin aux atrocités de la guerre civile

3. Dans l’ombre de Jupiter

Le cardinal de Richelieu imposa la « raison d’État » à tous les Français / Les classes populaires se révoltèrent massivement contre le tour de vis fiscal / La Fronde fut la dernière tentative des aristocrates pour échapper à la souveraineté de l’État royal / La monarchie administrative s’imposa grâce à Colbert / L’invention de la « société de cour » permit à Louis XIV d’imposer son pouvoir sur la noblesse et la grande bourgeoisie / C’est la surexploitation des classes populaires qui permit à Louis XIV de se prendre pour le « Roi Soleil »

4. Codes noirs

Le pouvoir colonial tenta d’abord d’imposer une condition servile à des travailleurs pauvres recrutés en métropole / Avec le développement de la traite atlantique, l’esclavage devint la forme extrême / de l’exploitation des classes populaires / La domination coloniale donna progressivement naissance à une nouvelle classe de travailleurs / La catégorisation de la couleur de peau fut un moyen de renforcer la domination de l’élite coloniale / Les résistances collectives des « nègres marrons » obligèrent le pouvoir colonial à perfectionner l’art de gouverner les esclaves / Dès le xviiie siècle, plusieurs milliers d’esclaves émigrèrent en métropole et se fondirent dans la population française

5. Liberté, quand tu nous tiens…

Les « fils invisibles » du capitalisme / L’identification des personnes s’imposa peu à peu comme une nouvelle relation de pouvoir / La sociabilité populaire fut un obstacle qui entrava le développement de la domination à distance / Dans les années 1750–1760, l’émergence d’un nouvel « espace public » bouleversa la position du peuple sur la scène politique / L’émancipation des classes populaires : un processus contradictoire / La « guerre des farines » fut le premier grand combat collectif contre le libéralisme

6. L’invention de la citoyenneté

Doléances populaires / L’apprentissage de la démocratie par le bas / Vers la République / Robespierre et la sacralisation du peuple souverain / Mourir pour la patrie

7. Chapeau bas devant la casquette

« Vivre en travaillant, mourir en combattant » / La découverte du prolétariat / Un monde sans protection / En France, la classe cultivée ne s’intéressa que tardivement au principe des nationalités / Le printemps des travailleurs

8. Les usines à la campagne !

Les paysans sont-ils des hommes comme les autres ? / Des relations de pouvoir fondées sur le modèle domestique / Le tournant libéral des années 1860 / Le retour de la classe ouvrière

9. La nationalisation de la société française

La Commune de Paris ou l’ultime sursaut de la citoyenneté par les armes / L’intégration des classes populaires au sein de l’État républicain / La fait-diversion de l’actualité / Une crise de civilisation / La protection nationale comme solution de la « question sociale »

10. « Le devoir de la race »

La conquête de l’Algérie / Le tournant de 1885 / La fabrication des « indigènes » / Les voies diverses de la résistance

11. La guerre plutôt que la révolution

Genèse d’une nouvelle identité ouvrière / Genèse et enjeux de l’affaire Dreyfus / La bipolarisation de la vie politique française : la droite nationale-sécuritaire contre la gauche sociale-humanitaire / Le premier tournant sécuritaire de la IIIe République / Le fatal engrenage

12. Classe contre classe

« Bleu horizon » / La fabrication silencieuse d’un nouveau prolétariat / La crise des années 1930 / La radicalisation des droites / La crise des années 1930 contribua aussi à exacerber les contradictions de l’empire colonial / La parenthèse du Front populaire / La politisation des origines comme réponse à la lutte des classes

13. Le peuple « indésirable »

La conception républicaine de l’assimilation des étrangers / « La revanche des patrons » / Traquer les « indésirables » / La Charte du travail / Le basculement de 1942 / Les voies multiples de la Résistance

14. Le droit d’avoir des droits

La mise en place du compromis keynésien / Les séquelles de Vichy / L’intensification de la lutte des classes pendant la guerre froide / La génération singulière / La décolonisation de gré ou de force / La parenthèse (vite refermée) d’une France multinationale

15. « On a raison de se révolter »

Une société bouleversée / Balance ton corps / Les événements de mai-juin 1968 L’émergence des « nouveaux mouvements sociaux » / Comment reprendre d’une main ce qu’on a concédé de l’autre ?

16. La dernière nuit des prolétaires

La mondialisation des échanges et l’extension des chaînes d’interdépendance / Le travail en crise / Quand la gauche se replie sur la politisation des origines / Naissance d’une démocratie sécuritaire / Changer le nom du peuple à défaut de le dissoudre

Postface 2019. Un an après : les Gilets jaunes, le retour de la question sociale et l’avenir de la planète

Comment représenter le peuple quand on oublie les classes populaires ? / Les Gilets jaunes et le retour de la question sociale / Un nouvel âge des relations de pouvoir / Les luttes populaires face à la contamination du monde

 

Une histoire populaire de la France

De la guerre de Cent Ans à nos jours – 2e édition

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