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Axe 2 - Les frontières de l’intime : injonctions, tensions, résistances

Coordination : Hélène Bretin et Blandine Destremau

Cet axe porte sur la question de l’intime et des expériences de l’intime au cœur de l’analyse des dispositifs d’assujettissement, de dés-assujettissement et de recomposition des rapports de pouvoir.

L’intime repose sur la définition d’une frontière entre ce qui est intime et ce qui ne l’est pas – ce qui relève du public notamment. L’intime est donc un objet politique et construit, une invention qui va de pair avec l’émergence de l’individu en tant que sujet, et donc de la "propriété de soi". L’intime peut ainsi être appréhendé à partir de domaines conceptuels variés : l’individu, le corps, la subjectivité. Plus qu’à une définition du domaine en lui-même, nous nous attachons à saisir et à questionner les transformations et les déplacements contemporains des frontières de l’intime, tels qu’ils peuvent être saisis (notamment) à travers les rapports que les individus entretiennent aux sphères privée et publique – rapports eux-mêmes saisis dans les expériences concrètes, pratiques et morales, du quotidien.

Dans une démarche de sciences sociales critiques, se situer sur les frontières de l’intime revient à observer et à décrire des expériences, des tensions et des contradictions ; mais aussi des enchevêtrements entre, d’un côté des politiques de l’individualisation, de l’autonomie et de la responsabilité de soi, et de l’autre des injonctions idéologiques et moralisantes. Les travaux conduits dans le cadre de cet axe observent ces expériences et ces tensions en tant qu’elles reconfigurent les territoires de l’intime et leurs frontières, et qu’elles impliquent, ou pas, de nouvelles formes de résistances, adaptations, déplacements perceptibles dans les pratiques, les langages et positionnements identitaires et relationnels. Ils portent sur des terrains diversifiés et prêtent attention, en particulier, aux temporalités, aux subjectivités, aux constructions de genre et aux économies morales à partir des expériences individuelles et collectives. Plusieurs chantiers se dégagent :

Temporalités face à la maladie et aux dépendances. Interdépendances et "présences" intimes

Ce chantier articule divers engagements de recherche autour des formes de présence et des temporalités qui les accompagnent, dans une perspective d’analyse intersectionnelle et de genre, au sein de la famille /du ménage. Il se penche aussi sur les arrangements sociaux et transnationaux auxquels ces formes de présence donnent lieu, du point de vue de l’éthique du care et de la division sociale et sexuelle du travail.

Corporéités, sexualités et genre

Ce chantier en dialogue avec l’axe 1, vise notamment à saisir les liens entre les pratiques et les expériences qui mobilisent les corps, et la (re)configuration des territoires de l’intime engageant les identités sexuées. Ce chantier ouvre aussi sur "les disciplines du sexuel" dans leur dimension socio-historiques et aussi actuelles. Il permet de construire un espace de réflexion sur ce que les pratiques relevant du domaine de la sexualité et de la reproduction entendue au sens large révèlent de l’intime, des rapports de pouvoir qui y opèrent.

Injonctions éducatives et socialisation des enfants

Ce chantier ouvre une nouvelle perspective sur les espaces de l’intime et la construction des subjectivités. Saisie dans son rapport à la sphère familiale et ses diverses configurations, et à des collectifs socialisants plus larges : l’école, la communauté villageoise etc., l’enfance fait l’objet de pratiques et d’expériences qui la construisent et la définissent, et qui mobilisent aussi des apprentissages et des savoirs autour d’enjeux liés par exemple au développement et à la sexuation. Les socialisations enfantines constituent parallèlement un terrain privilégié d’observation des injonctions éducatives scolaires et domestiques.

L’optimisation du quotidien : de la promesse normative aux techniques de soi

La notion d’optimisation, longtemps cantonnée à la sphère économique, a semble-t-il colonisé le quotidien des individus. Les individus sont désormais enjoints d’optimiser leur corps, leur alimentation, leur temps, leur sexualité, leur sommeil, leur vie biologique et sociale. En dialogue avec un chantier de l’axe 3, ce chantier s’intéresse aux domaines de la vie quotidienne dans lesquels se déploient les formes et les discours de l’optimisation, l’objectif étant de dépasser la normativité du concept en interrogeant les ruses, les négociations, les résistances, les déplacements opérés par des individus confrontés à leurs inégalités de compétence, de richesses et de connaissances.

Subjectivités alimentaires : normes et résistances

Encadrées par des règles sociales et culturelles complexes et mouvantes, les pratiques alimentaires sont aussi de puissants moyens d’expression des subjectivités. La recherche d’autonomie alimentaire constitue un point d’entrée privilégié pour interroger le sens de ces pratiques et des rapports de pouvoir qui les traversent. Les tensions et les contradictions inhérentes aux idéologies positives et enchantées qui traversent les questions d’alimentation sont étudiées. Cette investigation est l’occasion d’envisager les phénomènes de résistance individuelle, résistances de l’intime face à ces normes morales, nouvelles ou non.

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