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AAC > L'intervention sociale dans une perspective de genre > 15 décembre 2015

Colloque les 19 et 20 mai 2016, Paris et Bobigny

Appel à contributions : L’intervention sociale dans une perspective de genre

Date de clôture : 15 décembre 2015

L’ETSUP, l’IUT de Bobigny (Université Paris 13), la HETS&Sa (Haute école spécialisée de travail social et de la santé, EESP Lausanne) et l’IRIS (EHESS, CNRS, INSERM, Université Paris 13) organisent un colloque les 19 et 20 mai 2016 sur l’intervention sociale et le genre. Ce colloque s’inscrit dans le prolongement de plusieurs évènements scientifiques ayant vu le jour ces dernières années[1] ; il sera également l’occasion de renforcer les amitiés et les partenariats entre les institutions françaises, suisses et québécoises.

La mobilisation scientifique et citoyenne encore trop récente et fragile sur les questions de genre rend nécessaire de continuer le travail et de partager les expériences afin de développer l’analyse scientifique et les recherches sur le travail social à l’éclairage théorique du genre en mettant cette fois-ci l’accent sur l’intervention sociale avec les personnes concernées et les professionnel·les.

Différents articles, revues, colloques, collectifs et groupes de travail soulignent désormais l’intérêt et la richesse de penser et de promouvoir la question du genre et les approches féministes dans l’intervention sociale[2]. Certains d’entre eux interrogent les stéréotypes à l’œuvre dans la prise en charge des populations, montrant par exemple comment ils occultent les problèmes spécifiques de certains groupes sociaux. D’autres travaux portant sur la division du travail chez les professionnelles du travail social, mettent en évidence la reconduction constante des inégalités entre femmes et hommes et insistent en conséquence sur l’importance d’accorder une place au contenu formatif et réflexif de la perspective de genre dans la formation professionnelle.

Pour ce colloque, nous nous appuyons sur les acquis de cette étape, nécessaire, de dénonciation des biais liés à l’absence d’une telle perspective et nous proposons pour notre part de réfléchir aux pratiques et aux analyses de l’intervention sociale dans une optique qui articule les savoirs professionnels, académiques, militants et expérientiels. Il s’agira d’allier la recherche féministe et l’intervention sociale, en pratiquant une recherche partenariale et en s’attelant à penser une « autre épistémologie » de la recherche et de l’action sociale, à l’exemple de ce qui se fait, par exemple, au Québec: les objectifs et le processus de recherche sont définis et régulièrement réévalués avec les populations concernées, et les interprétations des résultats sont discutées par les différents partenaires de l’étude (Ricci, Kurtzmanet Roy, 2014 ; Corbeil et Marchand, 2010 ; Nouvelles Pratiques Sociales, 26, 2, 2015).

Cet appel à contributions encourage donc les différents collectifs, les travailleurs et les travailleuses sociales, les formateurs et les formatrices, les enseignant·es et les chercheur·es à s’emparer de cette thématique.

Nous suggérons deux axes de réflexions :

Axe 1 : Les pratiques d’intervention

Nombre de recherches, à ce jour, attestent de l’approche différenciée et stéréotypée des acteurs et actrices sociales dans l’intervention sociale, de même que les intervenants et les intervenantes sociales, par leurs missions auprès des publics les plus vulnérables, sont souvent les vecteurs de reproduction des normes de genre. Ces processus ont été mis au jour, par exemple, dans les actions d’animation (Ayral & Raibaud, 2009; Bessin, 2009; Herman, 2007), le service social (Modak, Messant, Keller, 2014 ; Modak, 2012 ; Serre, 2010 ; Zanferrari, 2001), les prisons pour femmes (Cardi, 2007), ou encore dans les foyers de jeunes filles (El Golli Wassim, 2011). Les conséquences de ces approches différenciées sont également connues, comme le montrent des recherches récentes sur la représentation sociale des personnes sans-abri, qui reste éminemment masculine, ce qui concourt à cacher l’existence des femmes à la rue (Marcillat, 2014) avec leurs problèmes spécifiques (Lafranchise et Lacharité, 2015). Ces processus sociaux se jouent tant dans les rapports interindividuels et au niveau du jeu institutionnel que dans l’espace urbain, comme en attestent les travaux sur les politiques de la ville et de l’aménagement citadin en France qui laissent de côté les jeunes filles et les femmes, nourrissant ainsi un frein durable à leur insertion dans la sphère publique (Hancock, 2012 ; Raibaud, 2015 ; Luxembourg et Messaoudi, 2015). Dans la foulée des actions et des mouvements féministes des années 1970-1980, la recherche en travail social a bien mis au jour les biais sexués de l’intervention sociale. Cependant, les savoirs acquis ne semblent pas suffisants pour promouvoir un changement des pratiques professionnelles. L’une des pistes d’explication est que la production de ces savoirs s’effectue encore aujourd’hui en vase clos, sans la collaboration des personnes  concernées, des groupes de femmes et des professionnel·les du travail social, alors que ces personnes et ces collectifs sont pourtant les mieux à même pour expérimenter des pratiques renouvelées et pour orienter des actions politiques et militantes susceptibles de transformer le cadre légal quand cela est nécessaire.

A partir de ce constat, l’appel veut privilégier les communications portant sur des recherches en collaboration ou en partenariat, qui développent une réflexion théorique et présentent une pratique d’articulation des connaissances acquises et des transformations de la pratique professionnelle. Les recherches et expériences conduites, par exemple, entre chercheur·es et professionnel·les ou collectifs, ainsi qu’avec des personnes concernées sont ainsi particulièrement souhaitées.

Axe 2 : Les processus de ségrégation professionnelle dans le travail social

Si, comme on le sait, le travail social est majoritairement féminin, c’est nettement moins le cas des fonctions d’encadrement qui sont l’apanage des hommes, l’effet « plafond de verre » fonctionnant dans le travail social comme partout ailleurs. Accompagnant et légitimant cet effet, le processus de naturalisation des compétences professionnelles a lui aussi fait l’objet d’analyses détaillées montrant que les compétences socioéducatives sont assimilés à des qualités perçues comme féminines, alors queles fonctions d’encadrement sont associées à l’exercice de l’autorité qui serait par nature masculine(Bayer, 2013). La naturalisation sexuée des rôles sociaux est un processus difficile à combattre et les études font état d’un relatif échec des politiques d’égalité et de mixité en la matière : la mixité ne garantit pas une réduction des inégalités (Fortino 2002) et l’égalité repose sur des présupposés qui ne sont généralement pas déconstruits (Bessin, 2013). Les professionnel·les dans le travail social subissent ainsi les mêmes processus de discrimination et d’inégalité qu’ils et elles sont supposés combattre chez les personnes  concernées. C’est donc par l’adoption d’une posture réflexive et impliquée que ces professionne·les peuvent contrer les effets du genre dans l’organisation-même de leur travail et transformer les structures sociales et institutionnelles qui contraignent leurs pratiques dans des modèles genrés. A cet égard, l’articulation entre pratique et recherche est donc encore une fois nécessaire.

Avec cet axe, nous souhaitons susciter des analyses sur les parcours, la socialisation et la professionnalisation des acteurs et actrices de l’intervention sociale. Il s’agira de réfléchir sur les manières dont le genre oriente, par exemple, les normes de métier, les rhétoriques vocationnelles, les débats professionnels et la formation mais aussi, plus spécifiquement, de questionner comment les discours et les pratiques de lutte contre les discriminations de sexe (qu’ils soient féministes ou relevant des politiques de l’égalité / de la mixité) opèrent sur les terrains professionnels. Dans cette optique, des travaux qui complexifient la question de la division sexuée du travail en y intégrant l’analyse des rapports sociaux de classe et de race/ethnicité sont également bienvenus.

Les propositions de communication, d’environ 3000 signes sont attendues pour le 15 décembre 2015. Elles sont à envoyer à l’adresse : colloquetravailsocialetgenre@gmail.com.

Nous vous remercionsde mentionner vos nom et prénom, votre activité professionnelle, l’axe retenu, le titre de votre communication et de bien préciser dans votre résumé le contexte de votre présentation (réflexion sur un terrain, recherche en cours ou achevée, méthode utilisée, etc.).


Les auteur·es des communications retenues seront informé·es fin janvier 2016.

Publication des actes

Les actes du colloque seront l’objet d’une publication, sous forme d’ouvrage ou dans un numéro spécial de revue.


Comité d’organisation

  • Véronique Bayer, Philippe Lyet, Marion Hirschauer et Marie Mormesse, ETSUP, Paris
  • Zoé Rollin, Université Paris 13 - Département Carrières Sociales, IUT de Bobigny
  • Marianne Modak et Hélène Martin, Haute école de travail social et de la santé EESP, Lausanne, Suisse.

Comité scientifique 

Véronique Bayer, Marc Bessin, Coline Cardi, Thierry Goguel d'Allondans, Marion Hirschauer, Lyne Kurtzman,Philippe Lyet, Hélène Martin, Marianne Modak, Yvette Molina, Pascale Molinier, Marie Mormesse, Clothilde Palazzo, Yves Raibaud, Maryse Tassain, Daniel Verba, Zoé Rollin

Lieux du colloque

Le colloque se déroulera le 19 mai à l’ETSUP (Villa Montsouris, 75014 Paris) et le 20 mai à l’IUT de Bobigny (Tour de l’Illustration, 1, rue de Chablis, 93001 Bobigny).



[1]Parcours de vie et intervention sociale : l'impensé du genre. Mire-Drees organisé par l'Etsup en nov. 2010 (lien ci-après avec les textes de toutes les interventions : http://www.etsup.com/Parcours-de-vie-et-intervention;14e journées de valorisation de la recherche de l’ENPJJ (École Nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse), organisées avec l’IRIS (Institut Interdisciplinaire sur les Enjeux Sociaux), les 12 et 13 décembre 2013 à Bobigny ; à l’initiative de deux instituts de formation en travail social, le CRFMS-ERASME et l’Institut Saint Simon-l’ARSEAA (Association Régionale pour la Sauvegarde de l’Enfant, de l’Adolescent et de l’Adulte), et de l’association APIAF (Association Promotion Initiatives Autonomes des Femmes), parrainée par la MIPROF (Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains) et avec le soutien de l’UNAFORIS (Union Nationale des Associations de Formation et de Recherche en Intervention Sociale) et du Conseil régional de Midi Pyrénées, une journée d’étude nationale a été organisée le 17 octobre 2014 à Toulouse ; Colloque « Des études sur le genre à l’éducation aux genres », les 9 et 10 novembre 2015 à Strasbourg ; différents événements organisés en Suisse par le LIEGE HESS·SI·SO·---SO : https://www.gendercampus.ch/fr/hochschulen/netzwerke/liege-hes-so

[2] Voir, pour la France, en particulier, le libre blanc consacré au genre dans l’enseignement (Association Nationale des Etudes Féministes, 2014), ainsi que le rapport de la Mission Analyse Stratégique Synthèses et Prospectives de la Direction générale de la cohésion sociale, 2014.

A consulter :

EHESS
CNRS
Paris 13
INSERM

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