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AAC > Les subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté-e-s ? – 15 avril 2017

Journée d'étude le 15 juin 2017, MSH Paris Nord

Appel à communications > 15 avril 2017

Les subalternes, peuvent-elles/ils (parler) être écouté-e-s ?

Journée d’études organisée par le groupe de recherche FIRA-MSH Paris Nord, UFRGS/Brésil et l’Université Nationale de Colombie

Le 15 juin 2017, 9h-18h
MSH Paris Nord - 20, avenue George Sand – 93210 La Plaine Saint Denis

En s’appuyant sur les travaux des séminaires du groupe de recherche FIRA-MSH Paris Nord (2015-2017) -axés sur la décolonisation de toutes perspectives de connaissance euro-centrées-nous nous proposons dans cette journée d’études de continuer à réfléchir et à élargir nos recherches vers une géopolitique des connaissances (E. Dussel). Il s’agit de saisir le projet d’actualisation du lieu d’énonciation, des récits historiques et culturels, de la pensée et de la production du savoir. Dans ce sens, le défi du tournant de la décolonialité s’inscrit sur la critique et la reconstitution des espaces interstitiels du cadre conceptuel hybride des différences coloniales (W. Mignolo).  

Repenser les catégories de domination n’implique pas seulement la formulation d’un contre-discours, il s’agit plutôt de créer la possibilité d’un nouveau registre de l’expérience vécue et du savoir situé comme pratique de l’objectivité subalterne/objectivité incarnée (D. Haraway)  ̶ à partir des terrains de recherche. Le terrain, conçu comme un horizon de sens (E. Husserl) dévoile des nouveaux discours qui cherchent à dépasser la structure dialectique faussée du discours dominant. Dans le flux des cultures et des sociétés contemporaines, globalisées et de masse, définies comme paradoxales (S. Hall), émergent de nouveaux cadres théoriques et de nouvelles méthodologies qui défient les structures socio-économique et politique dominantes, ainsi que les prérogatives à caractère normatif de l’académie. Des pratiques en sciences sociales telles les récits de terrain, les récits biographiques, les observations participantes, les auto-ethnographies, les performances queer, les enactement artistiques  ̶ ou encore les études des citoyennetés multiples et des sexualités divergentes au cadre hétéronormatif ̶  permettent alors de re-situer/repositionner et de questionner les catégorisations réductionnistes et/ou binaires (L. Tuhiwai Smith ; J. Butler ; D. Haraway ; S. Hall ; A. Honneth ; W. Mignolo). 

En suivant l’avertissement de Audre Lorde : « the master tools will never dismantle the masters’ house », cette journée d’étude se propose d’identifier et d’explorer les contre-discours capables de basculer, traverser et pervertir les centres et les bords du discours impérialiste en proposant un savoir nomade et contingent (A.C. Hostert ; W. Mignolo ; A. Quijano ; E. Dussel). En somme, ceci est une tentative de dépasser l’état de zombification (A.Mbembe) postcolonial en se demandant non seulement si le subalterne peut parler (G.C.Spivak), mais aussi comment et surtout qui veut et peut l’écouter (L.Tuhiwai Smith) ? Autrement dit, nous nous proposons de nous demander non seulement si le subalterne peut parler mais aussi s’il arrive à interpeller concrètement les destinataires de son discours, c’est à dire, qui est-il prêt à l’écouter ?

Deux axes sont proposés :

Axe 1 - Invertir, subvertir : dévoilement de la dialectique faussée du registre dominant

  • Quels outils analytiques des pratiques sociales sont-ils capables de déstabiliser et déconstruire la restauration dialectique des hiérarchies et des récits dominants : delinking (W. Mignolo) ; disidentification (J. E. Munoz) ; subjectivation (M. Foucault) ; desubjectivation (G. Agamben) ; savoir situé (Haraway) ;codage/décodage (S. Hall) ?
  • Quel rôle pour le chercheur : peut-on être chercheur-e et militant-e ? Quelles sont les implications académiques/politiques et/ou personnelles de cet engagement ? A quel point et dans quelles conditions est-il envisageable/permis aux chercheur-e-s de parler à la place des subalternes ? Car, laisser parler, écouter et entendre, consiste tout d’abord à ne pas parler à la place des autres.
  • Quelles sont les limites, les tensions et les conditions symboliques et matérielles de la prise de parole des subalternes ? Les subalternes, sont-elles/ils vraiment écouté-e-s et entendu-e-s ? Qu’en est-il de la capacité d’agir et de la puissance d’agir de l’expression autonome des subalternes ? Quels risques pour cette prise de parole (violence, répression, etc.) : quelle cadre de légitimité réelle au niveau des représentations, de la reconnaissance et du leadership (dirigeant, intellectuel, etc.) ; quelle performativité capable de déconstruire les épistémologies et les pratiques sociales, culturelles et politiques déterminées par la performativité normative des régimes dominants et impérialistes ?

Axe 2 – Pratiques discursives et colonialité(s) du pouvoir, du savoir et de l’être

  • Identification multi-située des espaces de superposition, d’intersection et de transversalité des pratiques discursives décoloniales dans l'analyse des catégories de genre, de sexe, de sexualité, de race, de classe sociale, d’ethnicité et de citoyenneté à l’intérieur des groupes sociaux subalternisés. Quels registres sont-ils possibles pour les pensées et les savoirs frontaliers/borders des expériences vécues dissidentes capables effectivement de déplacer la matrice coloniale en [re]situant et en transformant la colonialité du pouvoir, du savoir et de l’être ?
  • Critique appuyée sur des liens étroits entre les pratiques genrées et le system patriarcal afin de repérer les cadres normatifs déterminés par les idéologies patriarcales de contrôle et de domination capitaliste euro-centrée/impérialiste dans le contexte décolonial. Critique de la perspective moderne [inter]subjective du « sujet » (raison/âme/esprit) et du « corps » (object) comme territoire de domination capitaliste d’une part, et de résistance et de lutte d’autre part. Comment développer une conscience discursive éthique, émancipatrice, trans-moderne et responsable du vivre ensemble global-local (glocal) à la fois créative et pédagogique ?
  • Dans un contexte de transformation des relations de pouvoir et de crise civilisatrice, quels discours et contre-discours peuvent-ils être identifiés, construits ou déconstruits vis-à-vis des pouvoirs hégémoniques ? Quelle généalogie hégémonique, anti-hégémonique ou contre-hégémonique dans l’espace-temps culturel, territoriale et sociopolitique dans la construction de nouvelles rationalités souhaitables et opérationnelles ?

Calendrier

  • Réception des résumés/date limite : 15 avril 2017
  • Résultat de la sélection des propositions : 30 avril 2017
  • Réception des communications : 30 mai 2017
  • Les propositions de communication doivent être envoyées en français ou anglais (max.une page), avec une brève biographie indiquant le centre de rattachement et les recherches en cours. Les communications portant sur des données empiriques sont particulièrement les bienvenues, ainsi que les matériels audio-visuels et/ou performances.

Contact : Lenita Perrier lperrier@msh-paris.fr

Organisateurs : Marion Bottero (Paris X, MSH) ; Francesca Di Legge (Paris 8, MSH) ; Maica Gugolati (EHESS/IMAF, MSH) ; Roque Urbieta Hernandez (EHESS/CERMA) ; Henrique Nardi (UFRGS/Brésil, IRIS-EHESS, MSH) ; Lenita Perrier (EHESS, MSH) ; Oscar Quintero (Universidad Nacional de Colombia, IRD-URMIS, MSH).

Comité Scientifique : Rachele Borghi (Sorbonne, Paris IV) ; Marion Bottero (Université Paris X, MSH), Philippe Colin (Université de Limoges) ; Pascale Gruson (EHESS/CEMS) ; Sébastien Lefèvre (Université Gaston Berger Saint Louis/Sénégal) ; Henrique Nardi (UFRGS/Brésil, IRIS-EHESS, MSH) ; João Pacheco de Oliveira (Museu Nacional, UFRJ, Brésil) ; Lenita Perrier (EHESS, MSH), Oscar Quintero (Universidad Nacional de Colombia, IRD-URMIS, MSH) ; Lionel Saporiti (Université de Strasbourg

Plus de détail sur le Carnet FIRA - Frontières identitaires et Représentations de l'altérité

A consulter :

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