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Delphine Lacombe > Violences envers les femmes. Sociohistoire d'un enjeu public au Nicaragua (1979-2008)

Soutenance de thèse, EHESS, le 5 décembre 2015 à 9h

Violences envers les femmes

Sociohistoire d'un enjeu public au Nicaragua (1979-2008)

Soutenance de thèse de sociologie soutenue publiquement par Delphine Lacombe sous la direction conjointe de Rose-Marie Lagrave et Gilles Bataillon (EHESS)

Samedi 5 décembre 2015, 9h, EHESS, 105 bd. Raspail 75006 Paris

Résumé

Cette thèse analyse les modes de construction d’un enjeu public – la dénonciation puis la volonté « d’éradication » des violences masculines envers les femmes –, et son inscription dans les formes du politique nicaraguayennes révolutionnaire-sandiniste (1979-1990) et post révolutionnaire (1990-2007).
L’émergence de l’enjeu se déploie d’abord dans les luttes d’un féminisme nicaraguayen de la deuxième vague, en collusion et en collision avec l’appareil de direction et d’administration de la société révolutionnaire, le Front Sandiniste de Libération Nationale. Dans ce contexte, la logique des actions et les conversions idéologiques de la militance féministe ré-inscrivent progressivement les revendications dans une rhétorique démocratique/libérale et dans le langage des droits humains.
Les recompositions des formes du politique dans l’immédiat post-sandinisme se traduisent par des modalités conjointes de publicisation et d’occultation de l’enjeu « violences faites aux femmes et aux filles ». Cette dynamique contradictoire se traduit par des requalifications juridiques de la « maltraitance » et du « viol » en « violences intrafamiliales et sexuelles », pensées en dehors du fait guerrier et en dissimulant le sexe de leurs auteurs. On met alors en évidence la constitution d’un nouveau régime juridique, fondé simultanément sur l’héritage de la tradition chrétienne de la préservation d’un ordre moral et sur l’invention du consentement individuel.
Procédant enfin à l’analyse de deux affaires « Narváez contre Ortega » (1998-2008) et « Fletes contre Fletes » (2003-2007), nous réinterrogeons l’histoire de ces qualifications successives, en apparence consensuelles, en analysant les controverses qui les sous-tendent, autour de la mémoire révolutionnaire, de l’inscription de l’impunité masculine dans le procès de privatisation du politique, du travail politique de dissociation entre le traitement institutionnel des violences et la dénégation des droits reproductifs et sexuels.
L’ensemble de ce travail a ainsi pour objectif de se saisir de la sociohistoire d’un enjeu public pour mettre au jour le genre du changement social et ses effets de désarticulation sur une société traversée, en moins de trente ans, par deux temps révolutionnaires, sandiniste et démocratique, eux-mêmes représentatifs des grands basculements politiques et idéologiques occidentaux de la fin du XXème siècle.

Mots-clés : Nicaragua, violence, genre, féminisme, politiques publiques, sandinisme, révolution, mobilisations collectives, démocratie

 

Jury :

  • Dominique Vidal, Professeur à l’Université de Paris 7 - Denis Diderot
  • Catherine Achin,  Professeure à l' Université Paris Est Créteil
  • Kathya Araujo, Professeure à l'Instituto de Humanidades, Université Academia de Humanismo Cristiano
  • Rose-Marie Lagrave, Directrice d'études à l'EHESS (directrice de thèse)
  • Gilles Bataillon, Directeur d'études à l'EHESS (co-directeur de thèse)

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