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Les notions de la société civile. Usages et traductions > 29 novembre 2013

Colloque - Paris - 29 novembre 2013

Les notions de la société civile. Usages et traductions

Colloque international organisé par ARTESS (Atelier de Recherche et de Traduction en Sciences Sociales) et le Réseau International Acteurs Emergents (RIAE) de la FMSH avec le soutien de l’Iris

Vendredi 29 novembre 2013

Au lendemain de la chute du mur de Berlin, Charles Taylor (1995) écrivait que le concept de société civile ne pouvait pas être exporté sans précaution en dehors de l’espace culturel européen et occidental. Aujourd’hui, vingt ans plus tard, force est de constater que cette notion est traduite et utilisée dans un très grand nombre de pays, de sociétés et de langues.

Personne n’ignore que des héritages multiples ont nourri l’irrémédiable polysémie de ce terme, au sein même de cet espace occidental. Adam Smith décrivait en 1776 la société de son temps comme une civil society, comme un espace où « chaque homme vit d’échanges, devient dans une certaine mesure un marchand » ; « la société elle-même devient proprement une société commerçante ». D’autres philosophes, notamment Hegel et Marx, ont apporté ensuite leur propre conceptualisation de la société en termes de bürgerlich Gesellschaft, resserrant la signification sur les aspects proprement capitaliste de la société. La fin du XXème siècle offre à la notion de société civile une nouvelle carrière qui en fait un réservoir de relations débarrassées de leur individualisme et de leur caractère purement marchand.

Des auteurs contemporains y voient sinon un synonyme, au moins un concept voisin ou complémentaire de celui de sphère publique. D’autres s’en servent de manière plus restrictive pour désigner par ce terme les associations ou les regroupements qui échappent aux sphères politique et économique : « ni prince, ni marchand ». Les tentatives de mise en ordre de ses acceptions et usages multiples sont elles-mêmes objet de controverses.

Parallèlement, depuis une vingtaine d’années, la coopération internationale a contribué à la diffusion et à la promotion de cette notion de civil society à travers le monde. Celle-ci fait aujourd’hui partie du langage obligé des acteurs politiques, des promoteurs du développement et des chercheurs dans de nombreux pays où des formes diverses d’association et de mobilisation se réclamant de la société civile ont vu le jour. Leur histoire propre ne semblait pas pourtant avoir généré jusque là des modalités de regroupement volontaires, d’adhésion ou d’affinités électives analogues à celles qui, en Europe, ont vu le jour parallèlement au déclin des appartenances héritées.

Mais, si tout le monde s’accorde pour reconnaître le caractère à la fois polysémique et proliférant de la notion de société civile, les travaux très divers qui soutiennent ce constat, ne se sont guère intéressés jusqu’ici au rôle joué par les langues elles-mêmes comme opérateurs et descripteurs de ces transformations sociétales.

Il nous semble expédient :

  1. de dresser aujourd’hui un état des lieux des transformations tant politiques et sociales que philosophiques et sociologiques affiliées à cette évolution des répertoires linguistiques dans les principaux espaces culturels et politiques.

  2. et pour ce faire, de tenter d’éviter la normativité induite par des choix a priori de définitions en portant le regard sur les traductions et les usages.

Quelques questions générales esquissent le champ de recherche que nous souhaitons explorer. Quels ont été en effet les choix de traduction de la notion de société civile et leurs usages ? En un quart de siècle, comment les langues affiliées à des traditions qui n’ont pas participé à la formation de ce concept polysémique, l’ont-elles approprié ? Comment l’ont-elles relié ou non à des formes d’association, prescrites ou libres, plus anciennes ? En quoi l’introduction de cette notion dans le vocabulaire politique a-t-elle renouvelé les manières de penser l’avenir des sociétés ? À quelle conceptualisation locale de la démocratie  a-t-elle contribué ?

Trois axes de travail pourront structurer les enquêtes et les communications présentées lors de ce colloque :

  1. Esquisser le tableau des parcours empruntés par la notion de société civile et identifier les acteurs (individuels ou collectifs) qui ont joué un rôle dans cette diffusion.

  2. Identifier et analyser les répertoires de notions connexes ou opposées (communauté, société, association, espace public, délibération, visibilité, affinités, amitié, fraternité, etc.) au sein desquels la notion de société civile doit être replacée pour en circonscrire les significations.

  3. Comparer les réalités sociales que les choix de traduction expriment, celles qu’ils contribuent à disqualifier et évaluer la performativité des traductions retenues au niveau des modes d’organisation et des imaginaires politiques.

A consulter :

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